2017/03/05

Les principes



L’attitude face à la vie et aux choses est différente lorsque la révélation intérieure frappe comme la foudre.
En suivant pas à pas, en méditant sur ce qui a été dit et sur ce qui est encore à dire, tu peux  transformer le non-sens en sens.
Ce que tu fais de ta vie n’est pas indifférent. Ta vie, soumise à des lois, a devant elle des possibilités de choix.
Je ne te parle pas de liberté, mais de libération, de mouvement, de processus. Quand je te parle de liberté, il n s’agit pas de quelque chose d’immobile: je te parle de se libérer pas à pas, tout comme celui qui arrive aux abords de sa ville se libère du chemin qu’il a dû parcourir. Alors, “ce qu’il faut faire” ne dépend pas d’une morale lointaine, incompréhensible et conventionnelle, mais de lois : lois de vie, de lumière, d’évolution.

Voici les “Principes” qui peuvent aider à la recherche de l’unité intérieure.

     1. Aller contre l’évolution des choses, c’est aller contre soi-même.

     2. Quand tu veux atteindre un but par force, tu produis l’effet contraire.

     3. Ne t’oppose pas à une grande force. Recule jusqu’à ce qu’elle s’affaiblisse; alors, avance avec résolution.

     4. Les choses vont bien lorsqu’elles marchent ensemble et non isolément.

     5. Si pour toi le jour et la nuit, l’été et l’hiver sont bien, tu as dépassé les contradictions.

     6. Si tu recherches le plaisir, tu t’enchaînes à la souffrance. Mais, tant que tu ne nuis pas à ta santé, jouis sans inhibition quand l’opportunité s’en présente.

     7. Si tu poursuis un but, tu t’enchaînes. Si tout ce que tu fais, tu l’accomplis comme un but en soi, tu te libères.

     8. Tu feras disparaître tes conflits lorsque tu les comprendras jusqu’à leurs racines profondes et non lorsque tu voudras les résoudre.

     9. Lorsque tu portes préjudice aux autres, tu restes enchaîné. Mais si tu ne portes pas préjudice à d’autres, tu peux faire ce que tu veux avec liberté.

     10. Lorsque tu traites les autres comme tu veux qu’ils te traitent, tu te libères.

     11. Peu importe dans quel camp t’ont placé les événements: ce qui importe, c’est que tu     comprennes que tu n’as choisi aucun camp.

     12. Les actes contradictoires ou unitifs s’accumulent en toi. Si tu répètes tes actes d’unité intérieure, rien ne pourra plus t’arrêter.

Tu seras semblable à une force de la Nature qui ne trouve aucune résistance sur son passage. Apprends à distinguer ce qui est difficulté, problème ou inconvénient de ce qui est contradiction. Si les premiers te poussent ou t’incitent, cette dernière t’immobilise dans un cercle fermé.
Lorsque tu trouves une grande force, une grande joie et une grande bonté dans ton cœur, ou lorsque tu te sens libre et sans contradictions, remercie immédiatement en ton intérieur. Lorsque le contraire t’arrive, demande avec foi, et la reconnaissance que tu as accumulée te reviendra transformée et amplifiée en bénéfices.


Le Principe d'Adaptation

     1. Aller contre l’évolution des choses, c’est aller contre soi-même.

     Ce Principe montre que lorsque l'on connaît à l'avance le dénouement d'un événement, l'attitude correcte est de l'accepter avec la plus grande profondeur possible, en essayant de tirer avantage même de ce qui est défavorable. En examinant des moments de la vie dans lesquels nous n'avions pas connaissance de ce Principe et avons de ce fait agit à l'inverse, nous aurons une illustration juste de la signification de ce Principe. Il sera encore plus intéressant de réfléchir sur le moment que nous vivons et d'étudier les conséquences de souffrance pour nous et pour nos proches au cas où nous ne tiendrions pas compte de ce Principe.
     Nous expliquons que les choses auxquelles nous ne devons pas nous opposer sont celles qui ont un caractère inévitable. Si l'être humain avait cru, par exemple, que les maladies étaient inévitables, la science médicale n'aurait jamais progressé. Grâce à la nécessité de résoudre les problèmes et à la possibilité de le faire, l'humanité progresse. Si une personne reste seule dans le désert, est-il inévitable qu'elle meure ? Cette personne s'efforcera de trouver des issues à sa situation et en effet, elle trouvera une oasis, ou bien elle sera elle-même retrouvée plus facilement si elle a utilisé tous les moyens possibles pour être vue à distance. Ce Principe, pour pouvoir être correctement expliqué, se réfère donc à la situation qui est inévitable.

Le Principe d'Action et Réaction


     2. Quand tu veux atteindre un but par force, tu produis l’effet contraire.

     Ce Principe montre que les personnes et les choses ont des comportements déterminés qui opposent des résistances ou qui facilitent nos projets si nous agissons comme il convient. Lorsque, mus par des impulsions irrationnelles, nous forçons quelque chose contre son propre comportement, nous pouvons observer que ceci cède devant nos exigences, mais la conséquence, à plus ou moins longue échéance, se traduira par des effets différents de ceux que nous voulions obtenir. L'être humain est forgeur d'événements, il donne une direction aux choses, il tend à planifier et à accomplir des projets. En somme, il se dirige vers des buts. La question est, cependant : "comment s'achemine-t-il vers ses buts ? Quel moyen adopte-t-il pour faire comprendre à une autre personne la solution au problème qu'elle lui pose ; la force ou la persuasion ?" S'il la force, tôt ou tard il y aura une réaction ; s'il la persuade, tôt ou tard les forces s'additionneront.
     Bien des personnes pensent que "la fin justifie les moyens" et elles agissent en forçant tout ce qui les entoure, obtenant souvent des résultats probants. Dans ce cas, la difficulté vient ensuite. Le but a été atteint, mais on ne peut pas le maintenir longtemps.
     Le Principe que nous commentons fait allusion à deux situations différentes. Dans l'une, le but recherché est atteint, mais les conséquences sont opposées à ce qui est attendu. Dans l'autre, l'action de forcer des situations provoque un "rebond" défavorable.

Le Principe de l'Action Opportune


     3. Ne t’oppose pas à une grande force. Recule jusqu’à ce qu’elle s’affaiblisse; alors, avance
     avec résolution.

     Ce Principe ne recommande pas de reculer devant les petits inconvénients ou devant les problèmes sur lesquels nous butons quotidiennement. On recule seulement, comme l'explique le Principe, devant des forces irrésistibles, celles qui, sans aucun doute, nous surpassent si nous les affrontons.
     Reculer devant de petites difficultés affaiblit les gens, les rend pusillanimes et craintifs. Ne pas reculer devant les grandes forces rend les gens enclins à toutes sortes d'échecs et d'accidents.
     Le problème apparaît lorsque l'on ne sait pas à l'avance qui, de soi ou de la difficulté, a le plus de force. Cela devra être vérifié au moyen "d'échantillons", en effectuant de petites confrontations qui ne compromettent pas complètement la situation et qui laissent une marge pour changer de position si celle-ci s'avérait insoutenable. Autrefois, on parlait de "prudence", c'était une idée très proche de celle que nous expliquons.
     Mais il y a un autre point : "Quand faut-il avancer ?
     A quel moment l'inconvénient a-t-il une force réduite, ou bien à quel moment avons-nous gagné de la force nous-mêmes ? Cette même idée de prendre de temps en temps des échantillons est valable en faisant de petites tentatives qui n'aient pas un caractère définitif.
     Lorsque la force joue en notre faveur et que l'inconvénient s'est affaibli, l'avancée doit être totale.
     Garder des réserves dans une telle situation, c'est compromettre le triomphe parce que l'on n'avance pas avec toute l'énergie disponible.

Le Principe de Proportion

     4. Les choses vont bien lorsqu’elles marchent ensemble et non isolément.

     Cela signifie que si, poussés par un objectif, nous déréglons toute notre vie, l'obtention du résultat recherché sera soumise à de nombreux accidents, et même s'il est effectivement obtenu, il aura des conséquences amères.
     Si, pour obtenir de l'argent ou du prestige, nous déréglons notre santé, nous sacrifions les personnes qui nous sont chères, nous délaissons nos valeurs, etc., il est possible que les accidents soient tels que nous n'obtenions pas le résultat recherché. Dans d'autre cas, il se peut que nous obtenions le résultat recherché, mais nous n'aurons plus la santé pour en jouir, ni des êtres chers avec qui le partager, ni d'autres valeurs qui nous donnent un sens.
     "Les choses sont bien lorsqu'elles marchent ensemble", et il en est ainsi parce que notre vie est un ensemble qui requiert un équilibre et un développement approprié, non partiel. Encore qu'il y ait des choses plus importantes que d'autres, chaque personne devrait avoir une véritable échelle de valeurs afin que ce qui est primordial, secondaire, tertiaire puisse être accompli suivant la proportion. La force appliquée à chaque chose, selon l'importance fixée, les ferait marcher toutes en un ensemble véritable.


Le Principe de l'Accord

     5. Si pour toi le jour et la nuit, l’été et l’hiver sont bien, tu as dépassé les contradictions.

     Ce Principe met en relief de façon figurée l'opposition des situations. Cette opposition pourra cependant être conciliée si le point de vue par rapport au problème est modifié. La chaleur excessive de l'été fait "compensatoirement" penser au froid de l'hiver, et vice versa. Toute situation difficile fait évoquer ou imaginer celle qui lui est antagoniste; mais une fois que l'on se trouve dans cette dernière, la contradiction renaît. Alors la compensation nous porte à son point opposé. Là où la souffrance apparaîtra, la compensation se mettra en marche, mais la souffrance elle-même ne sera pas vaincue pour autant.
     Celui qui est orienté par un sens de vie défini a un point de vue et un comportement très différents face aux difficultés. Si quelqu'un croit que sa vie a un sens et que tout ce qui lui arrive lui sert à apprendre et à se perfectionner dans cette direction, il n'aura pas tendance à éluder de manière compensatoire les problèmes qui se poseront à lui, mais les assumera en leur découvrant aussi une certaine utilité. Le froid de l'hiver sera profitable, de même que la chaleur de l'été et, lorsque chacun d'eux se présentera, cette personne dira: "en quoi ces deux saisons s'opposent-elles si toutes deux me servent?"

Le Principe du Plaisir

     6. Si tu recherches le plaisir, tu t’enchaînes à la souffrance. Mais, tant que tu ne nuis pas à ta
     santé, jouis sans inhibition quand l’opportunité s’en présente.

     Ce Principe peut paraître choquant lors d'une première lecture car on croît qu'il y est dit "jouis même si tu portes préjudice à d'autres puisque que le seul frein est ta santé personnelle". Mais ce n'est pas ce qui est dit. Il est en réalité expliqué qu'il est absurde de détériorer la santé par l'exercice de plaisirs exagérés ou directement nocifs; mais il est en outre signalé que la négation du plaisir, par préjugé, provoque de la souffrance, ou que l'exercice du plaisir avec des problèmes de conscience est aussi préjudiciable. Enfin, l'idée principale est qu'il ne faut pas poursuivre le plaisir, mais l'exercer simplement lorsqu'il se présente, car le rechercher lorsque l'objet plaisant n'est pas présent ou le nier lorsqu'il apparaît constituent des faits qui s'accompagnent toujours de souffrance.
     Ce Principe (de même que les autres) ne doit pas être coupé de l'ensemble, ou bien interprété de sorte qu'il s'oppose aux autres. C'est ainsi qu'un autre Principe dit "Quand tu traites les autres comme tu veux qu'ils te traitent, tu te libères". Par conséquent, le sens change lorsque l'ensemble des Principes sont pratiqués et non pas un Principe isolé.

Le Principe de l'Action Immédiate

     7. Si tu poursuis un but, tu t’enchaînes. Si tout ce que tu fais, tu l’accomplis comme un but en
     soi, tu te libères.

     Ce Principe apprend à tirer bénéfice de toute situation intermédiaire qui nous mène à atteindre un objectif. Il ne dit pas que les buts ne doivent pas exister, car la planification de toute activité se réalise à partir de buts. Il y est expliqué que tous les pas menant vers un but donné, quels qu'ils soient, doivent être considérés de la façon la plus positive possible. Autrement, toute activité antérieure à l'obtention du but provoque de la souffrance et dans la cas où le but est atteint, il perd son sens à cause du coût vital que représente la souffrance investie dans les pas.

Le Principe de l'Action Comprise

     8. Tu feras disparaître tes conflits lorsque tu les comprendras jusqu’à leurs racines profondes et non lorsque tu voudras les résoudre.

     Ce Principe invite à éviter l'improvisation issue d'impulsions irrationnelles. Il ne dit pas que, face à un problème donné, il ne faille rien faire, mais que simultanément à l'action il doit y avoir compréhension. Face à un conflit, presque toutes les personnes, poussées par leur anxiété, se lancent à le résoudre sans en comprendre la racine. De cette façon, le problème se complique encore davantage et en engendre un autre, dans une chaîne inépuisable. En synthèse, le principe affirme que l'action doit être accompagnée par la compréhension.


Le Principe de Liberté

     9. Lorsque tu portes préjudice aux autres, tu restes enchaîné. Mais si tu ne portes pas préjudice à d’autres, tu peux faire ce que tu veux avec liberté.

     D'entrée, ce Principe explique que si l'on crée des problèmes aux autres, les autres nous en créent à nous. Il dit, en outre, qu'il n'y a pas de raisons de cesser de faire ce que l'on veut si personne n'en subit les préjudices.

Le Principe de Solidarité

     10. Lorsque tu traites les autres comme tu veux qu’ils te traitent, tu te libères.

     Ce Principe a de grandes conséquences parce qu'il amène à une ouverture, à une communication positive avec les autres êtres humains. Nous savons que le renfermement sur soi crée des problèmes plus ou moins graves. Ce qui est appelé "égoïsme" peut se réduire précisément à un problème de renfermement et de manque de communication. Le Principe accorde de l'importance au fait d'aller positivement vers les autres. Il est complémentaire du Principe antérieur qui recommande : "Ne porte pas préjudice à autrui", mais la différence entre ces deux Principes est grande.

Le Principe de la Négation des Contraires

     11. Peu importe dans quel camp t’ont placé les événements : ce qui importe, c’est que tu comprennes que tu n’as choisi aucun camp.

     Ici il n'est pas expliqué qu'il faille abandonner tout clan. Ici, il est suggéré de considérer la position dans laquelle chacun se trouve comme étant le résultat de facteurs indépendants de son propre choix: facteurs d'éducation, de milieu, etc. Cette attitude fait reculer le fanatisme, en même temps qu'elle permet de comprendre les clans ou les positions que d'autres personnes assument.
     Evidemment, cette façon de considérer le problème des clans contribue à la liberté de l'esprit et tend un pont fraternel en direction des autres, même lorsque, apparemment, ils s'opposent à mes idées.
     Ce Principe, tout en reconnaissant le manque de liberté dans les situations que l'on n'a pas construit soi-même, affirme la liberté de nier les oppositions si celles-ci font partie de ces mêmes situations.
     En d'autres termes : je n'ai pas décidé d'être grand ou petit, gros ou mince, et si cette condition est accompagnée d'oppositions à l'égard d'autres personnes qui n'ont pas non plus choisi leur clan, j'ai la liberté de nier cette opposition. Je n'ai inventé ni les grands, ni les petits, ni les gros, ni les minces et je nie, de ce fait, toute opposition responsable.

Le Principe de l'Accumulation des Actions

     12. Les actes contradictoires ou unitifs s’accumulent en toi. Si tu répètes tes actes d’unité intérieure, rien ne pourra plus t’arrêter.

     Ce Principe veut dire que tout acte qui est réalisé demeure enregistré dans la mémoire et que, à partir de là, il influence les autres voies. C'est pourquoi la répétition d'actes qui donnent unité intérieure ou qui engendrent la contradiction forment peu à peu une conduite qui conditionne les actions postérieures dans l'un de ces deux sens.
     Répéter les actes d'unité intérieure signifie exercer les Principes dans la vie quotidienne. Cela laisse aussi entendre qu'il ne s'agit pas de la répétition d'un acte (ou d'un Principe) isolé, mais d'un ensemble d'actes d'unité intérieure.
     Sans aucun doute, en exerçant tous les Principes, nous trouvons une discipline intégrale, capable de transformer progressivement notre condition souffrante en un nouveau mode de vie ayant une unité intérieure croissante et donc un bonheur croissant.

     Parfois, la vie d'une personne ou d'un ensemble humain se construit en additionnant des actes contradictoires. Il arrive aussi que, pendant un certain temps, de nombreux résultats favorables soient obtenus; mais tôt ou tard, la catastrophe se produira, parce que la base de toute cette vie est fausse, bien que des gens ne voient que les anecdotes réussies mais ne parviennent pas à comprendre le processus de cette vie-là, et surtout son absurde final.

2017/02/13

L’éveil de l’humanité

Épilogue du livre Unité dans l'action, 
Dario Ergas

Quand je parle du niveau de conscience de l’unité, que j’ai caractérisé par l’éveil du regard intérieur, je me réfère à une façon d’être, à laquelle j’accède sans effort et qui s’installe en moi, comme cela est arrivé à nos ancêtres hominidés avec le sommeil et la veille. Je mentionne un état qui dépasse la veille et fait pressentir un grand changement.
Si je remonte à un temps originel, et que j’observe le surgissement de l’Univers, la condensation de la matière, la naissance de la vie, la coordination de la conscience, cela me semble connecté à une impulsion évolutive, qui à partir de particules très simples, élabore des moments de plus en plus complexes. Il ne semble pas que dans cette spirale de la création, le créé soit jamais intervenu pour collaborer avec cette intention qui le précède. Cette impulsion, jusqu’à maintenant, a été suffisante pour que des combinaisons mécaniques, chimiques et biologiques fassent germer toute l’existence, y compris la vie et les espèces. Jusqu’à l’apparition de l’être humain.
Dorénavant, cet être commence, par son action, sa propre conquête et la conquête du naturel ; pour cela, il accumule son histoire, transfère le temps dans les générations, et réfléchit sur son origine et son sens.
 S’il est vrai que le dépassement de la souffrance et de la peur de la mort est une nécessité, notre prochain pas sera d’atteindre la conscience de l’unité. Mais ceci ne sera pas le fait de l’évolution naturelle, mais parce que, dorénavant, l’humanité ellemême assumera son destin. Non seulement quant aux avancées scientifiques et techniques, qui améliorent la domination de la nature, mais aussi quant à son propre développement psychique et spirituel.
Si ce changement est obtenu dans de petits groupes, il est certain qu’ils essaieront d’influencer le processus historique, la science, l’art, la technique, la religion. Ils chercheront à créer des conditions sociales harmonieuses pour multiplier ce niveau de conscience majeur parmi les grands ensembles.

2017/02/05

Silo: Deux sorties a la crise de civlisation

Extrait de la présentation du livre « Lettres à mes amis » 
Silo, 
Centre Culturel "Station Mapocho"
Santiago, Chili, 14 mai 1994
"Nous arrivons ainsi à un monde où la concentration du pouvoir financier sape toute industrie, tout commerce, toute politique, tout pays et tout individu. L’époque du système fermé commence et dans un système fermé, il n’existe aucune autre alternative que sa dé- structuration. Dans cette perspective, la déstructuration du camp socialiste apparaît comme le prélude à la déstructuration mondiale qui s’accélère de façon vertigineuse.
Tel est le moment de crise dans lequel nous nous trouvons. Mais la crise peut se résoudre selon différentes variantes. Par simple économie d’hypothèses et, par ailleurs, pour pouvoir les illustrer à grands traits, seulement deux variantes sont esquissées dans les Lettres : d’une part l’entropie des systèmes fermés, et d’autre part l’ouverture d’un système fermé grâce à l’action non pas naturelle mais intentionnelle de l’être humain
Voyons la première, que nous allons nuancer par un mode descriptif pittoresque.
Il est très probable que se consolide un empire mondial qui tendra à homogénéiser l’économie, le droit, les communications, les valeurs, la langue, les us et coutumes. Un empire mondial orchestré par le capital financier international qui ne fera même pas cas des populations situées dans les centres de décision. Dans cette situation saturée, le tissu social va poursuivre son processus de décomposition. Les organisations politiques et sociales, l’administration de l’État seront tenues par des technocrates au service d’un monstrueux para-État qui tendra à discipliner les populations, avec des mesures plus restrictives à mesure que la décomposition s’accentuera. La pensée aura perdu sa capacité d’abstraction, remplacée par un mode de fonctionnement ana- lytique et pas à pas, selon le modèle informatique. On aura perdu la notion de processus et de structure, et il en résultera de simples études de linguistique et d’analyse formelle. La mode, le langage et les styles sociaux, la musique, l’architecture, les arts plastiques et la littérature s’en trouveront déstructurés et l’on considèrera comme une grande avancée ce mélange de styles dans tous les domaines, comme ce fut le cas à d’autres périodes de l’Histoire avec les éclectismes de la décadence impériale. Alors le vieil espoir de tout uniformiser entre les mains d’un même pouvoir s’évanouira pour toujours. Cet obscurantisme de la raison, cette fatigue des peuples laisseront le champ libre à tous les fanatismes, à la négation de la vie, au culte du suicide et au fondamentalisme désincarné. Il n’y aura plus de science ni de grandes révolutions de pensée… seulement une technologie qu’on appellera alors "Science". Les localismes, les luttes ethniques resurgiront, et les peuples laissés pour compte se jetteront sur les centres de décision, dans un tourbillon après le passage duquel les mégacités, jadis surpeuplées, seront désertées. Des guerres civiles continuelles secoueront cette pauvre planète sur laquelle nous ne désirerons plus vivre. Enfin arrive la partie du conte qui s’est répétée dans de nombreuses civilisations, lesquelles croyaient, à ce moment-là, en un progrès sans fin. Toutes ces cultures se sont dissoutes mais, heureusement, alors que certaines tombaient, de nouvelles impulsions humaines surgissaient ailleurs et, dans cette alternance, l’ancien fut dépassé par le nouveau. Il est clair que, dans un système mondial fermé, il n’y a pas de place pour l’émergence d’une autre civilisation, mais seulement pour un long et obscur Moyen Âge mondial.
Si ce qui est exposé dans les Lettres, sur la base du modèle expliqué, est totalement incorrect, nous n’avons aucune raison de nous inquiéter. Si, en revanche, le processus mécanique des structures historiques prend bien la direction commentée, alors il est temps de se demander comment l’être humain peut changer le cours des événements. Qui pourrait produire ce formidable changement de direction sinon les peuples qui sont précisément le sujet de l’Histoire ? Sommes-nous arrivés à un degré de maturité suffisant pour comprendre qu’il n’y aura dorénavant plus de progrès si ce n'est celui de tous et pour tous ? C’est cette seconde hypothèse qui est explorée dans les Lettres.
Si chez les peuples s’incarne l’idée qu’il n’y aura pas (il est bon de le répéter) de progrès qui ne soit celui de tous et pour tous, alors la lutte sera claire. Au dernier échelon de la déstructuration, à la base sociale, de nouveaux vents commenceront à souffler. Dans les quartiers, dans les communautés de voisinage, dans les lieux de travail les plus humbles, le tissu social commencera à se régénérer. Cela sera, apparemment, un phénomène spontané. Il se répétera avec l’apparition de multiples groupements de base formés de travailleurs affranchis de la tutelle des directions syndicales. De nombreux noyaux politiques sans organisation centrale apparaîtront et entreront en lutte avec les coupoles des organisations politiques. Dans chaque usine, chaque bureau, chaque entreprise, on commencera à discuter. À partir des revendications immédiates, on prendra conscience d’une situation plus ample dans laquelle le travail aura plus de valeur que le capital. Et quand viendra l’heure de considérer les priori- tés, le risque supporté par le travail sera plus évident que le risque du capital. On arrivera facilement à la conclusion que le bénéfice de l’entreprise doit être réinvesti dans de nouvelles sources de travail ou dirigé vers d’autres secteurs dans lesquels la production continue à augmenter au lieu de dériver vers des franges spéculatives qui engraissent le capital financier, vident l’entreprise et mènent l’appareil de production à la faillite. Le dirigeant d’entreprise commencera à se rendre compte que la banque l’a converti en simple employé et que, dans cette urgence, le travailleur est son allié naturel. Le ferment social se réactivera. Une lutte claire et franche se déchaînera entre le capital spéculatif, caractérisé par sa force abstraite et inhumaine, et les forces de travail, véritable levier de la transformation du monde. On commencera à comprendre, d'un seul coup, que le progrès ne dépend pas de la dette que l’on contracte auprès des banques, mais des crédits que celles-ci devront accorder aux entreprises sans percevoir d’intérêts. Il ne s’agira même plus de la conquête des États nationaux mais d’une situation mondiale dans laquelle ces phénomènes sociaux se propageront en précurseurs d’un changement radical de la direction des événements. De cette façon, le processus ne débouchera pas sur le collapsus mécanique que l’on a vu se répéter si souvent, mais la volonté de changement et d’orientation des peuples avancera sur le chemin qui mène à la nation humaine universelle.
C’est sur cette seconde possibilité, c’est sur cette alternative que parient les humanistes d’aujourd’hui. Ils ont trop foi en l’être humain pour croire que tout finira de manière stupide. Et s’il est vrai qu'ils ne se sentent pas à l’avant-garde du processus humain, ils sont disposés à accompagner ce processus dans la mesure de leurs forces et là où ils sont bien positionnés."

Silo: deux sorties a la crise de civilisation actuelle

2016/12/10

La méthode mystique et la chambre du silence


Federico Palumbo (fedepalu2@gmail.com)
Avril 2014
Centre d'Étude, Parcs d'Étude et de Réflexion Punta de Vacas



Le psychologique ou le scientifique par leurs caractéristiques prétendent objectiver l'expérience, la sortir du subjectif et la mettre dans un système théorique (méthode scientifique) aligné avec la pensée de l'époque.


Nous, nous préférons une méthode mystique qui nous indique le chemin vers l'expérience et qui se préoccupe de construire des procédés. Ce ne sont pas deux formes qui s'opposent nécessairement, mais elles ont leurs différences.


Pour définir un peu plus la méthode mystique, c'est quelque chose qui donne priorité à l'expérience et ne tente pas de monter un système théorique, mais qui est en relation directe avec l'obtention des expériences. Cette méthode mystique a recours, suivant la situation, tantôt à la philosophie, à la psychologie et à la science pour décrire ses procédés. La psychologie, fille de cette époque, doit maintenir le langage qui lui correspond, raison pour laquelle elle ne peut développer des théories sur des expériences subjectives sur lesquelles il n'y a pas une base commune de registres ni un schéma théorique cohérent avec la science actuelle. De ceci résulte que, ce qui est présenté dans Le Regard Intérieur, en termes de prose poétique et d'expérience personnelle, ne peut pas être présenté si facilement en termes psychologiques tant qu'il n'y a pas d'encadrement théorique admissible pour les paradigmes scientifiques. Donc, cette restriction que nous trouvons dans le dernier chapitre de Notes de Psychologie 4 « on ne peut rien dire de ce vide », il faut le comprendre comme une limitation du langage psychologique. Au contraire, dans Le Regard Intérieur et dans de nombreuses littératures poétiques et mystiques, il y a des développements notables sur le transcendantal, développements qui se donnent en dehors du cadre de la psychologie actuelle.

Le contact avec le Profond ne peut se mesurer en termes précis tout comme on ne peut mesurer l'amour. Mais ceci n'enlève pas que ce soient des "réalités" qui peuvent être expérimentées clairement. Là apparaissent des structures et des dynamiques transcendantes très claires, avec une "logique" précise, qui configurent le grand mécanisme de l'univers. Il y a un plan régi par des lois universelles très précises, et il y a seulement des formes provisoires et indirectes pour s'y référer.

Ce qui intéresse la mystique, c'est la transcendance, comme quelque chose qui peut s'atteindre maintenant, dans le parcours de cette vie et non dans une autre. La mystique se préoccupe des procédés pour la transmission des uns aux autres des expériences fondamentales. Dans la mystique, il n'y a pas de limites. De maîtres à disciples on cherche, non seulement à répéter les expériences mais aussi à avancer. Comme le disait Léonard de Vinci « Rares sont les disciples qui ne dépassent pas leur maître ».


Voyons maintenant quelques piliers de l'expérience mystique.
"Vide", "Double", "Centre Lumineux" et "Conscience Séparée"


Il y a 4 expériences que nous avons appelées : "Vide", "Double", "Centre Lumineux" et "Conscience Séparée". Elles constituent un parcours clair qui s'est révélé dans le travail en Chambre de Silence. L'expérience du Profond est une expérience circulaire qui est à la fois finie et infinie, parfois représentée comme la Cité Cachée.

Ce sont 4 points que nous reconnaissons comme communs. Ce ne sont pas des vérités en soi, chaque point est une description de diverses expériences et registres que nous regroupons en un mot-concept. Chaque point admet extension et profondeur.

Voici mes descriptions :

Le Vide : il va de la quiétude de la transe (ce que John Lilly appelle "Point Zéro") à une expérience de nirvana en une insondable vacuité absolue5.

Le Double : il va de phénomènes énergétiques-lumineux totalisateurs et extrêmement intenses, dispersés ou expérimentant le corps comme un siège, jusqu'à des expériences de dédoublement partiel ou total, de vision depuis le dehors et de projections.

Le Centre Lumineux : il va du registre d'un point concentré, parfois localisé dans la tête ou entre les yeux, jusqu'au Centre où tout est, plein de significations ; c'est une profonde expérience de Reconnaissance. C'est parfois un point adimensionnel qui concentre tout, désormais détaché des registres du corps. C'est un phénomène conscient, la plus haute manifestation du divin.

Le Centre Lumineux est comme une cause-résultat entre le Vide et les phénomènes énergétiques structurés que nous appelons Double. On pourrait voir le Centre Lumineux (5)



 comme le Tao, en relation au Yin-vide et au Yang-énergie. Le Centre Lumineux a une vie propre et de là surgissent les registres de Conscience Séparée. Tous les registres du Centre Lumineux, comme ceux de Conscience Séparée, se révèlent par un travail indirect.

Conscience Séparée : à partir du Centre Lumineux apparait un registre conscient, depuis le dehors. C'est comme s'il y avait une conscience supérieure à laquelle on participe.



Par rapport au Dessein et aux restes :



Comment organiser les choses de façon à ce que les registres se structurent de manière adéquate, que les restes tombent dans un champ, comme attirés par un aimant ?



Je dois aller à l'expérience avec un filet, avec un Dessein catalyseur, pour que les registres prennent cette direction.



Ce n'est pas la même chose de revivre l'expérience en la ressortant de la mémoire (évocation) que de produire de nouveau les registres et qu'ils se structurent d'une façon nouvelle.



Toute expérience transcendante doit prendre vie dans le quotidien : un sentiment religieux croissant doit accompagner ces processus. Le sentiment religieux, à son tour, est la porte à la certitude de la transcendance.



Dans ce travail, est valable ce qui est dit dans Le Regard Intérieur de 1973 : « Le double peut se consolider par son activité unitive ou en recevant la Force directement du centre lumineux. »



Bibliographie suggérée sur ce thème

-      Canaries, 1978, 5ème jour.



-      Causerie de Silo sur le sens de la vie, Brésil, 1980.



-      Commentaires de Silo sur l'âme-double, centre de gravité et esprit : compilation partielle de notes pas forcément authentiques (non officielles), version de septembre 2012, Andrès Korysma.

-      Notes d'une causerie avec Mario, 2 janvier 2000 (sur l'irruption du transcendantal).

-    Le Secret de la Fleur d'Or, traduction de Thomas Cleary.

-      Tanks for the memories – Flotation Tank Talks, John Lilly – E. J. Gold.

-      Isolation Tank – The deep self, John Lilly.



-      Sensory Isolation in Flotation Tanks – Altered States of Consciousness and Effects on Well-being, Kjellgren.

-      The Book of Floating, Hutchinson. 
---------------------------------

5 Voici les pas pour atteindre le "Point Zéro" avec lesquels je travaillais en Chambre de Silence : ne rien faire, rester immobile, perdre le corps, mettre l'attention sur une respiration profonde et régulière qui entre en syntonie avec une ouverture poétique, ensuite se laisser aller à l'ivresse et relâcher la respiration. Lâcher tout, se laisser aller en ayant confiance dans le Dessein. Il fallait au moins 40 minutes aux débutants pour entrer en transe, c'est pourquoi les sessions doivent durer 1 heure. Avec les sessions successives, on avance plus rapidement, plus facilement et plus en profondeur. Attention aux expectatives et entrer toujours avec beaucoup d'humilité, ne pas y aller frontalement… se laisser aller.