2026/09/11

Des extraterrestres, robots et croyances

Entretien de Silo avec Enrique Nassar, 1997.

Prenons un exemple d’une croyance de l’appareil de croyances de base telle qu’elle s’est maintenue pendant des siècles. Souviens-toi du géocentrisme : la Terre était le centre de l’univers, et à cette époque tout le monde était d’accord que c’était ainsi, on le croyait ainsi et on vivait ainsi.

Avec le temps, tout cela s’est modifié. On a d’abord dit que le soleil était le centre de l’univers, puis on a précisé que le système solaire n’était que l’un des nombreux systèmes d’un ensemble plus vaste appelé galaxie ; plus tard on a expliqué que cette galaxie faisait partie d’un système de galaxies, lequel, à son tour, n’est qu’un système parmi d’autres dans l’univers. Dernièrement, on explique qu’il existe plusieurs univers.

Tout cela fait que les idées changent. Aujourd’hui, personne ne songerait à dire que nous sommes le centre de l’univers, mais regardons comment nous parlons : nous disons « le soleil se lève par…, le soleil se couche par… », comme si nous étions le centre de l’univers. Mais ce n’est pas tout : aujourd’hui, après les recherches qui parlent de systèmes solaires, de galaxies, d’ensembles de galaxies, d’univers, et de plusieurs univers ; aujourd’hui, malgré l’évidence de l’immensité de l’univers, nous continuons de soutenir trois choses :

- La vie sur Terre est la seule vie qui existe dans l’univers.

- La vie sur Terre est la seule forme d’intelligence qui existe dans l’univers.

- L’homo sapiens est la seule forme de vie humaine.

Nous soutenons que nous sommes la seule forme de vie, de vie intelligente et de vie humaine. Nous nous croyons uniques, tout l’univers est fait pour nous, nous sommes le centre de l’univers, c’est-à-dire que nous restons géocentristes.

C’est une croyance de l’appareil de croyances de base que nous n’avons pas encore modifiée. Ce que nous observons aujourd’hui, c’est que l’Être Humain veut briser cette croyance de base.

Cela se voit dans les efforts de la science et de la technologie dans leurs recherches interstellaires et dans leur quête d’autres formes d’existence extraterrestre.

Cela se voit dans le désir des gens qu’il existe une vie extraterrestre. Le désir des gens est tel qu’il y a des illusions collectives d’observations d’ovnis, et c’est un sujet généralisé.

Les gens font tant d’efforts pour qu’il existe une intelligence extraterrestre que nous sommes sur le point que cela advienne. L’homo sapiens fait des efforts pour ouvrir son univers. Pour aller au-delà de son appareil de croyances de base.

Dans cette quête, l’être humain va découvrir la conscience.

Question :

Que veux-tu dire quand tu dis : « l’être humain va découvrir la conscience » ?

Réponse :

Depuis Descartes, la conscience a été définie comme une « chose », comme quelque chose ayant une étendue. Depuis lors, on considère la conscience comme un cas de plus de la matière en évolution, comme un organe viscéral pouvant être manipulé par des médicaments et des stimulations électriques. La conscience n’est pas un organisme passif et réactif, elle est bien plus que cela : c’est une structure évolutive intentionnelle. La dynamique réelle de la conscience est de se transformer, de transformer le corps et de transformer le monde.

Le fait que, par la voie de la recherche astronomique, on découvre progressivement que le monde ne se meut pas mécaniquement comme on a voulu l’expliquer à travers la théorie du big-bang, du choc mécanique aléatoire qui dérive ensuite, par l’effet du hasard, dans le processus évolutif que nous connaissons, mais qu’il existe des univers qui s’agglutinent et se meuvent selon une direction non pas mécanique mais intentionnelle. C’est-à-dire que l’univers, dans son développement, a un sens.

Le fait de mettre en évidence qu’il existe d’autres formes de vie intelligente dans l’univers ; c’est-à-dire que nous ne sommes pas uniques. Le fait de comprendre que la conscience n’est pas quelque chose de mécanique et réactif, mais une structure évolutive intentionnelle. Le fait d’être sur le point d’accepter que le corps humain est une antiquité primitive qui ne correspond plus, dans son développement, à la vitesse d’évolution de la conscience, et de disposer des connaissances et de la technologie pour le modifier. Le fait d’être proches de libérer l’homme de l’esclavage du travail. Tout cela constitue des signes clairs que l’Être Humain cherche à se libérer de son appareil de croyances de base, où toutes ces choses mettent en évidence que l’appareil de croyances de base va se déstructurer :

- Qu’il y a une intention dans l’univers.

- Qu’il existe d’autres formes de vie intelligente.

- Que la conscience individuelle est évolutive et intentionnelle.

- Que le corps est une antiquité primitive susceptible d’être modifiée.

- Qu’il convient de cesser de travailler et de faire travailler les machines.

L’être humain ne se sent pas selon ses idées, il se sent lui-même selon ses croyances. Avec la déstructuration de l’appareil de base de croyances de l’être humain, son image du monde se fissurera, et avec elle s’ouvrira tout un nouveau système de possibilités de développement pour la conscience.

Après les cinquante dernières années de paralysie, la science et la pensée essaient à nouveau de se frayer un chemin. L’être humain est sur le point de se transformer, non seulement techniquement mais aussi dans sa conscience.

Tout va en structure. Imagine dans le futur une supercivilisation humaine. Un monde où tous les êtres humains seraient d’accord sur les prémisses de base, et où chacun serait une diversité. Nous ne parlons pas de diversité de cultures, nous parlons de diversité de personnes. C’est-à-dire que chaque personne est un monde.

Ce qui est normal dans l’évolution, c’est la multiplicité, la diversité. Bien que l’évolution de la conscience suive une direction, il peut y avoir des milliers de chemins dans cette direction.

Les êtres humains du futur, pour comprendre les comportements de l’être humain d’aujourd’hui, devront étudier en profondeur l’appareil de croyances de base de l’époque, et alors ils ne diront pas qu’il s’est trompé dans son raisonnement, mais qu’il percevait, analysait, raisonnait, prédisait, projetait et décidait à partir d’un système très primitif de raisonnement, généré par un champ de croyances très pauvre.

La pensée de cette époque, du point de vue des humains du futur, sera celle d’une pensée primitive enfermée dans une ligne mentale très étroite, depuis laquelle certains phénomènes n’étaient pas visibles. Certaines relations n’étaient pas possibles à établir, et certaines conséquences ne pouvaient pas être prévues.

On dira que cette absurde improvisation dans les décisions, les analyses et les prévisions correspondait à un comportement mental nihiliste, depuis lequel il était impossible de construire quoi que ce soit, et dont la ressource d’action fondamentale était l’imposition brutale, de type physique, économique…

On expliquera que c’étaient là les restes de Cromagnon encore non résolus…

Aujourd’hui, le pouvoir est entre les mains d’une bande de primitifs, ignorants et irresponsables, très frustes…

L’agir stupide de ces primitifs crée des erreurs très graves dans la construction sociale du monde. Ils créent un champ de catastrophe. Cette catastrophe pourrait se produire, et cela retarderait le processus de développement humain.

Comme la conscience humaine est intentionnelle, les visions apocalyptiques d’entropies, d’effondrements, de catastrophes (vision nihiliste) ne sont pas inexorables.

L’être humain du futur ne voudra pas gagner ni posséder des choses. Il voudra sentir, créer, construire, apprendre sans limite. Il ne voudra pas posséder, avoir, contrôler.

Cet humain comprendra qu’il existe des millions de façons de développer l’émotion et la pensée. Qu’il existe une diversité inimaginable de façons de sentir et de penser.

Aujourd’hui, la vision de l’être humain est très comportementale et réduite…

Mais dans le futur, tout ira bien. Tout ira là où cela doit aller…

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