2026/09/23

Contrôle et évolution de la conscience.

 Conversations d’Enrique Nassar avec Silo, 1997

La technologie de l’image et le réseau mondial de données se développent. Tout cela fait que la planète est de plus en plus connectée, ce qui facilitera la transmission et la circulation de l’information, mais n’améliorera pas la communication entre les personnes. Dans le meilleur des cas, cela facilitera la connexion de leurs solitudes.

Une chose est la circulation des données, une autre est la communication. Une chose est la connexion par le moyen de la technologie, une autre est de sortir de l’isolement.

Le Système voit le monde comme un business. C’est-à-dire que dans les gens, il voit du travail et de la consommation.

Toute cette technologie leur sert à extorquer des ressources à la population. C’est pourquoi l’illusion qu’ils poursuivent avec la réalité virtuelle est celle de s’emparer de l’image de la population pour la robotiser, la faire travailler davantage et lui soutirer des ressources.


S’emparer de l’image de la population est une prétention irréalisable, et la Roumanie en est un exemple.

Ceaușescu a cru, naïvement, qu’il était possible de contrôler la conscience de la population. Dans l’exercice du pouvoir, il contrôla les moyens de production, les moyens de communication, l’organisation sociale et les institutions formatrices (l’éducation). En Roumanie, les enfants appelaient C. « papa C. », et les adolescents et les jeunes célébraient des cérémonies où ils exprimaient leurs louanges à C. Les populations qui manifestaient de petits désaccords avec le régime étaient déstructurées, déplacées, déracinées et rééduquées.

C’est-à-dire que C. avait apparemment le contrôle de l’objectivité et de la subjectivité (de la conscience) de la population.

Un jour, tout changea et, en un laps de temps très court, C. fut destitué, fait prisonnier, jugé et fusillé. Les dernières photos de C. et de son épouse les montrent avec une expression d’étonnement devant ce qui leur arrive ; tous deux moururent sans comprendre ce qui se passait.

L’exercice du pouvoir à la manière de C. repose sur la théorie naïve qui suppose que, si l’on monopolise les moyens de production et que l’on gère les moyens de communication (monopole de l’image), les gens, supposés être une « conscience passive », vont répondre de manière mécanique, prédéterminée et réactive aux stimuli qu’on leur envoie. Par conséquent, on pourra toujours prévoir ce qu’ils feront à l’avenir…


Mais non : la conscience humaine n’est pas passive, la conscience humaine est active. Cela signifie que si l’on lance un stimulus à la conscience en attendant une réponse prédéterminée, il se pourrait que cette conscience fasse quelque chose de totalement inattendu, précisément parce que la conscience est active et intentionnelle.

Comme le Système a une vision limitée et étriquée de l’Être Humain, il n’apprend rien de cas comme celui de la Roumanie ; le Système ne comprend pas comment fonctionne la conscience humaine.


– La conscience humaine peut-elle être contrôlée ?

Depuis l’époque des Assyriens, qui assassinaient des milliers de personnes et formaient avec elles des pyramides de cadavres afin d’effrayer et de soumettre la population par cette démonstration…, depuis cette époque, on sait que, par des méthodes brutales, on peut contrôler les comportements collectifs d’une population. Il est vrai que, de façon conjoncturelle, des méthodes brutales permettent de soumettre les comportements collectifs d’une population, mais il est vrai aussi que, dans la durée, il n’y a aucun moyen de contrôler la conscience humaine.

La formule des démonstrations sanglantes suivies de la soumission a été utilisée plusieurs fois dans l’histoire. Franco, en Espagne, a produit une saignée de plus d’un million de personnes, puis il a pu soumettre sans grande difficulté les comportements sociaux du peuple espagnol. Staline a infligé d’énormes saignées au peuple russe, puis il a pu le soumettre sans grande difficulté. Dans ces cas, il y a soumission du comportement collectif de la population parce que, par peur, personne n’ose faire ce qui est interdit ; mais il n’y a pas de contrôle de la conscience, parce que les gens ne sont pas d’accord. Ce qui n’est pas apparu clairement avec ces régimes, c’est qu’ils auraient pris fin même si les dictateurs qui les imposaient n’étaient pas morts. Le régime franquiste aurait été démantelé par les nouvelles générations espagnoles, quel que soit le coût en vies humaines que cela aurait impliqué. Le régime stalinien n’aurait pas pu être éternel, comme l’ont démontré la chute et le démantèlement de l’URSS. Même s’ils avaient gagné la Seconde Guerre mondiale, les nazis ne se seraient pas maintenus indéfiniment au pouvoir en Allemagne. Le plus probable est qu’ils auraient fini par s’entretuer et que la population se serait rebellée.

Un exemple montrant que les régimes violents ne durent pas, on peut le voir à l’époque de la conquête espagnole avec Cortés. Quand Cortés arrive au Mexique, il trouve un empereur qui soumet les comportements collectifs de la population par des méthodes brutales, des populations indigènes subjuguées et très proches de la rébellion. Elles sont sur le point de se soulever contre cette imposition. Cortés arrive avec peu de soldats, se trouve devant cette situation de pré-rébellion populaire et en profite, en s’appuyant sur les peuples soumis. Il parvient à dominer l’empire aztèque (qui était très proche de sa déstructuration). Cortés est passé à l’histoire comme un génie militaire, alors que son talent était véritablement politique, mais c’est ainsi que les historiens voient les choses. Même si les Espagnols n’étaient pas arrivés au Mexique, les peuples subjugués se seraient soulevés et cette culture aurait poursuivi son processus ; à la même époque, le Pérou était en guerre civile.


– Pourquoi, dans le développement historique, se produit-il ces déviations dans le processus des peuples ?

L’espèce humaine est une espèce récente, elle n’a pas beaucoup de temps derrière elle. De plus, son évolution ne se fait pas en ligne droite : elle avance dans son développement en expérimentant des chemins, par succès et par erreurs.

Malgré tout ce qui s’est passé historiquement, l’Homo Sapiens n’a pas disparu de la surface de la planète, il est debout et, soyons sincères, depuis ses débuts, il s’est amélioré en quelque chose.

L’Être Humain n’est pas achevé, mais debout ; il se transforme et transforme sa nature. Imagine le futur…, les expériences qu’il pourra faire.


– Cela éclaire la façon dont la conscience évolue au niveau collectif, mais qu’en est-il de l’évolution de la conscience au niveau individuel ?

Chez l’individu, il en va de même : il avance dans son développement en expérimentant des chemins, par succès et par erreurs.

L’individu peut toujours avancer, à condition de ne pas rester bloqué dans l’erreur. Si la conscience individuelle reste bloquée dans un recoin où elle ne peut sortir d’un système de contradiction, elle n’avance pas.

Chez les personnes, cela se passe ainsi : elles transforment continuellement leurs difficultés et leurs erreurs et avancent, ou bien elles restent bloquées. Comme, de plus, la vie humaine est courte, elles ne doivent pas se permettre le luxe de rester longtemps arrêtées sur les problèmes.

L’Être Humain doit mourir en avançant. Et quant à ce qu’il croit, que la conscience individuelle est de telle ou telle façon, qu’elle pourrait mourir et que tout finirait…, il ne semble pas y avoir de nécessité de croire une telle chose. Aujourd’hui vient l’Être Humain. L’Être Humain est déjà en train d’apparaître.


– Que veux-tu dire par : « aujourd’hui vient l’Être Humain » ?

Au cours des derniers siècles, la vision positiviste a réduit l’Être Humain à un organisme, à un animal rationnel, à quelque chose qui naît, grandit, se forme, travaille, se reproduit, tombe malade et meurt.

Tu vas à ton bureau et tu t’assois à côté d’un collègue de travail : que ressens-tu de l’autre ? Tu sens qu’il est né, qu’il a grandi, qu’il s’est formé, qu’il travaille avec toi, qu’il a des enfants (il s’est reproduit). Il est malade ou peut tomber malade, et il peut mourir ou va nécessairement mourir. Ce que tu ressens, c’est la vision que le Système a de l’Être Humain : un organisme qui naît, grandit, se forme, se reproduit, travaille, tombe malade et meurt.

Le véritable Être Humain, celui qui va vers l’infini, celui qui découvre et manipule l’atome, celui qui transforme l’univers en bits, celui qui décode et peut manipuler à son gré le code génétique et transformera ainsi encore davantage sa nature, celui qui, lorsqu’on lui dit que la technique génère du chômage, est prêt à restructurer l’organisation sociale pour libérer l’homme du travail et permettre à la technologie de poursuivre son développement, celui qui se révolte d’être considéré seulement comme un animal rationnel qui naît, grandit, se reproduit, se forme, travaille, tombe malade et meurt…

Celui qui regarde son corps et le considère comme une antiquité primitive pour le développement de sa conscience, celui qui se révolte face à la mort, cet Être Humain que ne définissent encore ni la philosophie, ni la psychologie, ni les sciences sociales. Cet Être Humain, le véritable Être Humain, celui-là est déjà en train d’apparaître.

Cet être humain va-t-il commettre des erreurs ? Bien sûr qu’il va commettre des erreurs ! Mais il ne pourrait en être autrement ! Ce processus ne s’arrêtera d’aucune manière.

Même si les forces antihumanistes tentent de freiner ces processus, ceux-ci vont se frayer un chemin. La conscience humaine va se libérer de bon nombre des attaches qui la limitent aujourd’hui : le travail, les limitations du corps.


– Que peut-il se passer dans les toutes prochaines années ?

Les systèmes créent le substrat de croyances de base auquel adhère le citoyen moyen ; c’est depuis ce substrat de croyances de base que le citoyen moyen pense et fait de la science, de la politique, de la culture, de l’économie…

Un système primitif (comme celui qui existe) ne peut générer qu’un champ de croyances primitives auquel le citoyen adhère. Par exemple, le néolibéralisme est une production issue de ce substrat primitif. L’analyse des phénomènes actuels est fondée sur une méthodologie propre à ce substrat. C’est-à-dire que tout est très réduit, très primitif, très limitant.

Le nouveau libéralisme va tomber (cela est difficile à voir avec les outils d’analyse propres au substrat de croyances de base), et pour nous, le problème n’est pas qu’il tombe, mais tout le chaos social que peut générer l’effondrement du système financier.

Imagine le système de production et de distribution des aliments à l’arrêt, les services publics bloqués, des millions de personnes dans les villes essayant de s’en échapper, les débordements psychosociaux de toutes sortes qu’il y aurait…

Un effondrement du Système sans rien pour le remplacer ne servirait à rien. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas seulement la chute du système, mais son remplacement.


– Pour éviter un effondrement sans issue, avons-nous besoin de prendre le pouvoir ?

C’est une option qui, pour nous, n’est pas très intéressante. Pour nous, l’option intéressante est que les gens changent.


– Que veux-tu dire par « que les gens changent » ?

Te souviens-tu du Lion Ailé ?

« – Ainsi soit-il, monsieur Ho. Ainsi soit-il. Personne sur cette Terre n’appuiera aucun effort tant que l’on n’aura pas mis fin à la monstruosité qu’un seul Être Humain vive en dessous des niveaux de vie dont nous jouissons tous.

« Mais dites-moi, madame Walker, à quel moment tout a-t-il commencé à changer ? Quand avons-nous pris conscience que nous existions et que, par conséquent, d’autres existaient ? En ce moment même, je sais que j’existe, quelle sottise ! N’est-ce pas, madame Walker ?

– Ce n’est pas une sottise. J’existe parce que vous existez, et inversement. Voilà la réalité, tout le reste est une sottise. Je crois que les garçons du « Comité pour la Défense du Système Nerveux Faible » sont parvenus à mettre les choses au clair. Je ne sais vraiment pas comment ils ont fait, mais ils l’ont fait. Autrement, nous serions devenus des fourmis.

– Ainsi soit-il, ainsi soit-il. Toute l’organisation sociale, si l’on peut l’appeler ainsi, est en train de s’effondrer. En si peu de temps qu’elle se désarticule complètement.

– Allons, allons, madame Walker. Nous vivons dans un monde nouveau et nous avons encore un peu de mal à trouver des formes libres de communication personnelle.

– Me lirez-vous vos poèmes ? J’imagine qu’ils sont inefficaces, arbitraires et surtout réconfortants.

– Ainsi soit-il, madame Walker. Ils sont inefficaces et réconfortants. Je vous les lirai à tout moment. Passez une merveilleuse journée. »


Les personnes changent si leur appareil de croyances de base change. Prenons un exemple avec une croyance de l’appareil de croyances de base, telle qu’elle s’est maintenue pendant des siècles. Rappelle-toi le géocentrisme : la Terre était le centre de l’univers, et c’était une époque où tous s’accordaient à dire qu’il en était ainsi ; on le croyait ainsi et on le vivait ainsi.

Avec le temps, tout cela se modifie : d’abord on dit que le soleil est le centre de l’univers, puis on précise et on dit que le système solaire est l’un des nombreux systèmes d’un système plus grand appelé galaxie, plus tard on explique davantage et on dit que cette galaxie fait partie d’un système de galaxies et que ce système de galaxies est à son tour l’un de ceux de l’univers, et dernièrement on explique qu’il y a plusieurs univers. Tout cela fait que les idées changent. Aujourd’hui, il ne viendrait à l’idée de personne de dire que nous sommes le centre de l’univers, mais prêtons attention à la façon dont nous parlons, nous disons : « le soleil se lève à…, le soleil se couche à… », comme si nous étions le centre de l’univers.

Mais ce n’est pas tout : aujourd’hui, après les recherches qui parlent de systèmes solaires, de galaxies, d’ensembles de galaxies, d’univers, et de plusieurs univers, aujourd’hui, malgré l’évidence de l’immensité de l’univers, nous soutenons trois choses :

1 – La vie sur la Terre est la seule vie qui existe dans l’univers.

2 – La vie sur la Terre est la seule forme d’intelligence qui existe dans l’univers.

3 – L’Homo Sapiens est la seule forme de vie humaine.

Nous soutenons que nous sommes la seule forme de vie, de vie intelligente et de vie humaine. Nous nous croyons uniques, tout l’univers est pour nous, nous sommes le centre de l’univers. C’est-à-dire que nous continuons à être géocentristes. C’est une croyance de l’appareil de croyances de base que nous n’avons pas encore modifiée.


Ce que nous observons aujourd’hui, c’est que l’Être Humain veut briser cette croyance de base. On le voit dans les efforts de la science et de la technologie dans leur recherche interstellaire et dans leur quête d’autres formes d’existence extraterrestre. On le voit dans le désir des gens qu’il y ait de la vie extraterrestre. Ce désir est tel qu’il existe des illusions collectives d’observations d’ovnis, et c’est un thème généralisé.

Les gens font tellement d’efforts pour qu’il y ait de l’intelligence extraterrestre que nous sommes au bord de voir cela se produire. L’Homo Sapiens fait un effort pour ouvrir son univers, pour aller au-delà de son appareil de croyances de base. Dans cette recherche, l’Être Humain va découvrir la conscience.


– Que veux-tu dire quand tu dis : « l’Être Humain va découvrir la conscience » ?

Depuis Descartes, la conscience a été définie comme une chose, comme quelque chose qui a de l’étendue. À partir de là, on considère la conscience comme un cas de plus de la matière en évolution, comme un viscère qui peut être manipulé au moyen de médicaments et de stimuli électriques.

La conscience n’est pas un organisme passif et réactif, elle est bien plus que cela : c’est une structure évolutive intentionnelle. La dynamique réelle de la conscience est de se transformer, de transformer le corps et de transformer le monde.

Que, par la voie de la recherche astronomique, on découvre peu à peu que le monde ne se meut pas mécaniquement comme on a voulu l’expliquer à travers la théorie du big-bang, du choc mécanique aléatoire qui dérive ensuite, par l’effet du hasard, vers le processus évolutif que nous connaissons, mais qu’il y a des univers qui s’agglutinent et se meuvent selon une direction non pas mécanique mais intentionnelle. C’est-à-dire que l’univers, dans son développement, a un sens.

Mettre en évidence qu’il existe d’autres formes de vie intelligente dans l’univers. C’est-à-dire que nous ne sommes pas uniques. Comprendre que la conscience n’est pas quelque chose de mécanique et de réactif, mais une structure évolutive intentionnelle. Être sur le point d’accepter que le corps humain est une antiquité primitive qui ne correspond pas, dans son développement, à la vitesse d’évolution de la conscience, et disposer de la connaissance et de la technologie pour le modifier. Être proches de libérer l’homme de l’esclavage du travail…, tout cela constitue des signes clairs que l’Être Humain cherche à se libérer de son appareil de croyances de base.

Là où toutes ces choses seront mises en évidence, l’appareil de croyances de base va se déstructurer.

Qu’il y a une intention dans l’univers, qu’il y a d’autres formes de vie intelligente, que la conscience individuelle est évolutive et intentionnelle, que le corps est une antiquité primitive susceptible d’être modifiée, que ce qui convient est de cesser de travailler et de faire travailler les machines.

L’Être Humain ne se sent pas selon ses idées, il se sent lui-même selon ses croyances.

Avec la déstructuration de l’appareil de croyances de base de l’Être Humain, son image du monde va se lézarder et, avec elle, s’ouvrira tout un nouveau système de possibilités de développement pour la conscience.

Après les cinquante dernières années de paralysie, la science et la pensée essaient à nouveau de se frayer un chemin.

L’Être Humain est au bord de se transformer, pas seulement techniquement, mais dans sa conscience. Tout va en structure.

Imagine dans le futur : une supercivilisation Humaine, un monde où tous les Êtres Humains sont d’accord sur les prémisses de base et où chacun est une diversité ; nous ne parlons pas de diversité de cultures, nous parlons de diversité de personnes. C’est-à-dire que chaque personne est un monde.

Ce qui est normal dans l’évolution, c’est la multiplicité, la diversité. Même si l’évolution de la conscience suit une direction, il peut y avoir des milliers de chemins dans cette direction.

Les Êtres Humains du futur, pour comprendre les comportements de l’Être Humain d’aujourd’hui, devront étudier à fond l’appareil de croyances de base de l’époque, et alors ils ne diront pas qu’il s’est trompé dans son raisonnement, mais qu’il percevait, analysait, raisonnait, prédisait, projetait et décidait à partir d’un système de raisonnement très primitif, généré par un champ de croyances très pauvre.

La pensée de cette époque, vue par les Humains du futur, sera celle d’une pensée primitive, cantonnée dans une ligne mentale très étroite, d’où certains phénomènes n’étaient pas visibles, où il n’était pas possible d’établir certaines relations, où l’on ne pouvait prévoir certaines conséquences.

On dira que cette absurde improvisation dans les décisions, les analyses et les prévisions correspondait à un comportement mental nihiliste à partir duquel il était impossible de construire quoi que ce soit, et dont le recours fondamental à l’action était l’imposition brutale, de type physique, économique… On expliquera que c’étaient les restes du Cro-Magnon qui n’étaient pas encore résolus.

Aujourd’hui, le pouvoir est entre les mains d’une bande de primitifs, d’ignorants et d’irresponsables, très brutes. L’agir stupide de ces primitifs crée des erreurs très graves dans la construction sociale du monde, qui créent peu à peu un champ de catastrophe. Cette catastrophe pourrait se produire et cela retarderait le processus de développement humain. Comme la conscience humaine est intentionnelle, les visions apocalyptiques d’entropies, d’effondrements, de catastrophes (vision nihiliste) ne sont pas inexorables.

L’Être Humain du futur ne voudra pas gagner et posséder des choses ; il voudra sentir, créer, construire, apprendre sans limite. Il ne voudra pas posséder, avoir, contrôler. Cet Humain comprendra qu’il y a des millions de façons de développer l’émotion et la pensée, qu’il existe une diversité inimaginable de façons de sentir et de penser.

Maintenant, la vision de l’Être Humain est très comportementaliste et réduite, mais à l’avenir tout ira bien, tout ira comme il doit aller.

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Si vous cherchez des informations fiables sur l’œuvre de Silo, consultez : www.silo.net

2026/09/14

Le développement spirituel dans le siloïsme

Résumé exhaustif et ordonné de l’intervention centrale d’Eduardo Gozalo

Portée. Ce document synthétise, sans le reproduire littéralement, l’intervention centrale attribuée à Eduardo Gozalo dans la vidéo indiquée. Le passage analysé couvre approximativement de 01:23 à 11:12 de la lecture ; ensuite s’ouvre l’espace à la participation d’autres personnes. L’exposé propose un itinéraire de travail intérieur dans lequel se relient propos, crise existentielle, expérience énergétique, relaxation, méditation et cohérence dans l’action.

Idée directrice : le développement spirituel n’est pas envisagé comme une simple adhésion intellectuelle à une doctrine, mais comme une pratique soutenue qui cherche à transformer l’expérience de vie et à orienter l’existence vers un sens qui ne s’épuise pas dans des objectifs circonstanciels.

Carte de l’intervention

L’exposé suit une séquence claire. Entre 01:23 et 02:30, Gozalo établit le cadre de la spiritualité et de l’ascèse comme travail intérieur. De 02:31 à 04:44, il formule le problème du propos et pose la nécessité d’un sens transcendant. Entre 04:45 et 07:30, il aborde l’échec et la crise comme conditions possibles d’ouverture à une recherche plus profonde.

Ensuite, de 07:31 à 09:19, il décrit l’expérience de la Force comme dimension vécue et énergétique du processus. Enfin, entre 09:20 et 11:12, il explique le rôle de la relaxation, des images mentales et du découplage énergétique comme pratiques destinées à libérer et orienter l’énergie intérieure.

1. La spiritualité comme chemin de travail intérieur

Gozalo commence par situer le Message sur un plan qui dépasse une simple règle morale externe ou un style de vie générique. Il le présente comme une spiritualité profonde et, en même temps, comme une forme d’ascèse : un travail conscient sur soi-même qui exige discipline, attention et expérience personnelle. Cette définition établit d’emblée que l’intérêt de l’exposé ne porte pas sur la spéculation abstraite, mais sur les conditions pratiques par lesquelles une personne peut modifier sa propre relation à la vie.

La communication de ces réflexions a par ailleurs une double finalité. D’une part, elle cherche à partager une orientation avec ceux qui écoutent ; d’autre part, elle sert à ordonner et clarifier la propre pensée de l’orateur. L’acte d’extérioriser des convictions, des sentiments et des expériences apparaît ainsi comme partie du processus de compréhension, et non comme une transmission unilatérale de connaissances closes.

2. Le problème du propos et la recherche d’un sens non provisoire

L’axe conceptuel de l’intervention est le propos. Gozalo oppose les objectifs habituels de la vie — la sécurité matérielle, le travail, les liens familiaux, les projets personnels et autres aspirations situées — à un besoin plus profond d’orientation. Il ne nie pas que ces objectifs aient de l’importance, mais il les considère insuffisants comme fondement ultime, car ils peuvent s’achever, se transformer ou perdre leur force mobilisatrice.

Partant de ce constat, il propose la recherche d’un sens transcendant, entendu comme une direction capable de soutenir une continuité au-delà des circonstances changeantes et même de la mort physique. Cette proposition ne se limite pas à promettre un bien-être psychologique : elle cherche à affronter l’expérience du vide ou de l’absence de sens par une transformation de l’existence en plénitude. Le propos n’équivaut donc pas à une liste d’objectifs externes, mais à une orientation centrale qui réorganise la manière de vivre, d’interpréter les difficultés et de choisir ses actions.

La différence entre ces deux plans peut s’exprimer ainsi. Les objectifs provisoires dépendent de circonstances concrètes, peuvent s’achever ou perdre leur force, et ordonnent des domaines partiels de la vie, comme le travail, les biens, la famille ou les projets personnels. Leur résultat attendu est une réussite spécifique ou une certaine stabilité dans ces domaines.

Le propos transcendant, en revanche, cherche à conserver une continuité face au changement et à la finitude. Il ne prétend pas organiser seulement un aspect de l’existence, mais donner une direction de sens à l’ensemble de la vie. Son résultat attendu est le dépassement de l’absence de sens au moyen d’une expérience de plénitude et de continuité.

3. L’échec comme moment d’ouverture

L’un des passages décisifs revalorise l’échec. Loin de le décrire exclusivement comme un fait négatif à éviter, Gozalo le présente comme une porte d’entrée possible vers une recherche plus authentique. Lorsqu’une personne perd les appuis, convictions ou certitudes qui organisaient auparavant son monde, elle se trouve exposée à une désorientation qui, bien que douloureuse, peut rendre visible l’insuffisance de ses réponses antérieures.

L’explication s’appuie sur une référence autobiographique : l’orateur relie son arrivée sur ce chemin à une étape personnelle de forte désorientation. La valeur de cette expérience ne réside pas dans l’idéalisation de la souffrance, mais dans le fait de montrer qu’une crise peut activer le besoin de trouver une issue plus profonde. L’échec est ainsi interprété comme un seuil : il ne garantit pas par lui-même un changement positif, mais il peut créer les conditions pour qu’émerge une question décisive sur le sens.

Cette lecture a une conséquence pratique. Il ne s’agit pas de rechercher délibérément le mal ni de glorifier la perte, mais de reconnaître qu’une fois qu’une rupture vitale s’est produite, elle peut être travaillée comme matériau pour une réorientation. Le pas constructif consiste à transformer la désorientation en recherche, et la recherche en pratique soutenue.

4. L’expérience de la Force : dimension corporelle et signification intérieure

Après avoir formulé le problème du propos et de la crise, Gozalo déplace l’exposé vers l’expérience de la Force, qu’il présente comme base vécue du chemin. Il s’agit d’une expérience d’énergie intérieure qui peut commencer par des perceptions corporelles — comme la chaleur, des picotements ou d’autres sensations — et acquérir progressivement une intensité et une ampleur subjective plus grandes.

L’accent ne porte pas seulement sur la sensation physique. Pour Gozalo, l’importance de cette expérience réside dans la signification qu’elle acquiert à travers une pratique réitérée. Le vécu énergétique fonctionne comme une confirmation expérientielle que le travail intérieur n’est pas purement mental ou discursif. Ainsi, le corps, l’attention et le sens restent liés : les sensations constituent la porte d’entrée, mais leur pertinence se définit par la direction intérieure qu’elles permettent de déployer.

Cette proposition suppose une pédagogie de l’expérience. L’auditeur n’est pas invité à accepter une affirmation par autorité, mais à vérifier en lui-même, par des exercices et la continuité, la possibilité d’élargir son registre interne. Cela renforce la thèse initiale : la spiritualité exposée se comprend fondamentalement à partir de la pratique.

5. Relaxation, images mentales et découplage énergétique

La dernière partie se concentre sur la relaxation comme outil technique pour ce travail. Gozalo soutient que les images mentales, les préoccupations et les pensées quotidiennes peuvent consommer de l’énergie psychique. Dans cette perspective, le problème n’est pas l’existence d’images en soi, mais la fixation ou le bruit qu’elles engendrent lorsqu’elles monopolisent l’attention et maintiennent la personne absorbée par des contenus répétitifs.

La relaxation servirait à diminuer la charge de ces images et à produire un découplage énergétique. En réduisant la tension associée aux contenus mentaux habituels, une partie de l’énergie devient disponible pour être vécue et orientée autrement. Cette libération n’est pas présentée comme une évasion de la réalité, mais comme une condition pour établir un nouveau centre de gravité interne à partir duquel la personne peut agir avec davantage d’unité.

L’horizon vers lequel se dirige cette technique est ambitieux : le déploiement d’un processus évolutif qui ne se limite pas à l’activité du corps physique. Gozalo relie ainsi le travail sur l’énergie et l’attention à l’aspiration de continuité, donnant une consistance pratique au sens transcendant posé au début.

6. Conclusion : expérience directe, méditation et cohérence

La conclusion intègre les éléments précédents. La connaissance théorique ne suffit pas ; la transformation dépend de la méditation, de l’attention appliquée et de l’expérience directe. Le propos offre une direction, la crise peut impulser la recherche, l’expérience de la Force fournit une dimension vécue, et la relaxation aide à disposer d’énergie. Cependant, ces éléments n’acquièrent leur efficacité que dans une pratique réitérée.

Gozalo ajoute une dimension éthique et quotidienne à travers la notion d’action valable. Le critère indiqué est la concordance entre penser, sentir et agir : la vie pratique ne doit pas contredire le travail intérieur. La cohérence fonctionne comme un pont entre l’expérience intime et la conduite dans le monde, évitant que le chemin ne se réduise à des exercices isolés ou à un vécu détaché des relations et des décisions concrètes.

Synthèse interprétative

L’architecture de l’intervention peut se résumer en un mouvement en six étapes : d’abord, on reconnaît que les objectifs habituels sont fragiles ; ensuite, on recherche un propos de plus grande portée ; les crises révèlent la nécessité de cette recherche ; l’expérience de la Force donne une base vécue ; la relaxation et la gestion des images permettent de travailler l’énergie ; enfin, la méditation et l’action cohérente consolident le processus dans la vie quotidienne.

Dans l’ensemble, l’intervention soutient une conception expérientielle, ascétique et transformatrice de la spiritualité. Sa thèse de fond est que le sens ne s’obtient pas comme une idée externe ni comme une simple consolation, mais qu’il se cultive à travers des pratiques qui réorganisent l’attention, l’énergie, les images internes et la conduite, avec l’aspiration à une continuité qui transcende le simplement circonstanciel.

Références :

https://youtu.be/JnSbLaLziSU

Élaboré par Manus AI le 14 septembre 2026

2026/09/11

Des extraterrestres, robots et croyances

Entretien de Silo avec Enrique Nassar, 1997.

Prenons un exemple d’une croyance de l’appareil de croyances de base telle qu’elle s’est maintenue pendant des siècles. Souviens-toi du géocentrisme : la Terre était le centre de l’univers, et à cette époque tout le monde était d’accord que c’était ainsi, on le croyait ainsi et on vivait ainsi.

Avec le temps, tout cela s’est modifié. On a d’abord dit que le soleil était le centre de l’univers, puis on a précisé que le système solaire n’était que l’un des nombreux systèmes d’un ensemble plus vaste appelé galaxie ; plus tard on a expliqué que cette galaxie faisait partie d’un système de galaxies, lequel, à son tour, n’est qu’un système parmi d’autres dans l’univers. Dernièrement, on explique qu’il existe plusieurs univers.

Tout cela fait que les idées changent. Aujourd’hui, personne ne songerait à dire que nous sommes le centre de l’univers, mais regardons comment nous parlons : nous disons « le soleil se lève par…, le soleil se couche par… », comme si nous étions le centre de l’univers. Mais ce n’est pas tout : aujourd’hui, après les recherches qui parlent de systèmes solaires, de galaxies, d’ensembles de galaxies, d’univers, et de plusieurs univers ; aujourd’hui, malgré l’évidence de l’immensité de l’univers, nous continuons de soutenir trois choses :

- La vie sur Terre est la seule vie qui existe dans l’univers.

- La vie sur Terre est la seule forme d’intelligence qui existe dans l’univers.

- L’homo sapiens est la seule forme de vie humaine.

Nous soutenons que nous sommes la seule forme de vie, de vie intelligente et de vie humaine. Nous nous croyons uniques, tout l’univers est fait pour nous, nous sommes le centre de l’univers, c’est-à-dire que nous restons géocentristes.

C’est une croyance de l’appareil de croyances de base que nous n’avons pas encore modifiée. Ce que nous observons aujourd’hui, c’est que l’Être Humain veut briser cette croyance de base.

Cela se voit dans les efforts de la science et de la technologie dans leurs recherches interstellaires et dans leur quête d’autres formes d’existence extraterrestre.

Cela se voit dans le désir des gens qu’il existe une vie extraterrestre. Le désir des gens est tel qu’il y a des illusions collectives d’observations d’ovnis, et c’est un sujet généralisé.

Les gens font tant d’efforts pour qu’il existe une intelligence extraterrestre que nous sommes sur le point que cela advienne. L’homo sapiens fait des efforts pour ouvrir son univers. Pour aller au-delà de son appareil de croyances de base.

Dans cette quête, l’être humain va découvrir la conscience.

Question :

Que veux-tu dire quand tu dis : « l’être humain va découvrir la conscience » ?

Réponse :

Depuis Descartes, la conscience a été définie comme une « chose », comme quelque chose ayant une étendue. Depuis lors, on considère la conscience comme un cas de plus de la matière en évolution, comme un organe viscéral pouvant être manipulé par des médicaments et des stimulations électriques. La conscience n’est pas un organisme passif et réactif, elle est bien plus que cela : c’est une structure évolutive intentionnelle. La dynamique réelle de la conscience est de se transformer, de transformer le corps et de transformer le monde.

Le fait que, par la voie de la recherche astronomique, on découvre progressivement que le monde ne se meut pas mécaniquement comme on a voulu l’expliquer à travers la théorie du big-bang, du choc mécanique aléatoire qui dérive ensuite, par l’effet du hasard, dans le processus évolutif que nous connaissons, mais qu’il existe des univers qui s’agglutinent et se meuvent selon une direction non pas mécanique mais intentionnelle. C’est-à-dire que l’univers, dans son développement, a un sens.

Le fait de mettre en évidence qu’il existe d’autres formes de vie intelligente dans l’univers ; c’est-à-dire que nous ne sommes pas uniques. Le fait de comprendre que la conscience n’est pas quelque chose de mécanique et réactif, mais une structure évolutive intentionnelle. Le fait d’être sur le point d’accepter que le corps humain est une antiquité primitive qui ne correspond plus, dans son développement, à la vitesse d’évolution de la conscience, et de disposer des connaissances et de la technologie pour le modifier. Le fait d’être proches de libérer l’homme de l’esclavage du travail. Tout cela constitue des signes clairs que l’Être Humain cherche à se libérer de son appareil de croyances de base, où toutes ces choses mettent en évidence que l’appareil de croyances de base va se déstructurer :

- Qu’il y a une intention dans l’univers.

- Qu’il existe d’autres formes de vie intelligente.

- Que la conscience individuelle est évolutive et intentionnelle.

- Que le corps est une antiquité primitive susceptible d’être modifiée.

- Qu’il convient de cesser de travailler et de faire travailler les machines.

L’être humain ne se sent pas selon ses idées, il se sent lui-même selon ses croyances. Avec la déstructuration de l’appareil de base de croyances de l’être humain, son image du monde se fissurera, et avec elle s’ouvrira tout un nouveau système de possibilités de développement pour la conscience.

Après les cinquante dernières années de paralysie, la science et la pensée essaient à nouveau de se frayer un chemin. L’être humain est sur le point de se transformer, non seulement techniquement mais aussi dans sa conscience.

Tout va en structure. Imagine dans le futur une supercivilisation humaine. Un monde où tous les êtres humains seraient d’accord sur les prémisses de base, et où chacun serait une diversité. Nous ne parlons pas de diversité de cultures, nous parlons de diversité de personnes. C’est-à-dire que chaque personne est un monde.

Ce qui est normal dans l’évolution, c’est la multiplicité, la diversité. Bien que l’évolution de la conscience suive une direction, il peut y avoir des milliers de chemins dans cette direction.

Les êtres humains du futur, pour comprendre les comportements de l’être humain d’aujourd’hui, devront étudier en profondeur l’appareil de croyances de base de l’époque, et alors ils ne diront pas qu’il s’est trompé dans son raisonnement, mais qu’il percevait, analysait, raisonnait, prédisait, projetait et décidait à partir d’un système très primitif de raisonnement, généré par un champ de croyances très pauvre.

La pensée de cette époque, du point de vue des humains du futur, sera celle d’une pensée primitive enfermée dans une ligne mentale très étroite, depuis laquelle certains phénomènes n’étaient pas visibles. Certaines relations n’étaient pas possibles à établir, et certaines conséquences ne pouvaient pas être prévues.

On dira que cette absurde improvisation dans les décisions, les analyses et les prévisions correspondait à un comportement mental nihiliste, depuis lequel il était impossible de construire quoi que ce soit, et dont la ressource d’action fondamentale était l’imposition brutale, de type physique, économique…

On expliquera que c’étaient là les restes de Cromagnon encore non résolus…

Aujourd’hui, le pouvoir est entre les mains d’une bande de primitifs, ignorants et irresponsables, très frustes…

L’agir stupide de ces primitifs crée des erreurs très graves dans la construction sociale du monde. Ils créent un champ de catastrophe. Cette catastrophe pourrait se produire, et cela retarderait le processus de développement humain.

Comme la conscience humaine est intentionnelle, les visions apocalyptiques d’entropies, d’effondrements, de catastrophes (vision nihiliste) ne sont pas inexorables.

L’être humain du futur ne voudra pas gagner ni posséder des choses. Il voudra sentir, créer, construire, apprendre sans limite. Il ne voudra pas posséder, avoir, contrôler.

Cet humain comprendra qu’il existe des millions de façons de développer l’émotion et la pensée. Qu’il existe une diversité inimaginable de façons de sentir et de penser.

Aujourd’hui, la vision de l’être humain est très comportementale et réduite…

Mais dans le futur, tout ira bien. Tout ira là où cela doit aller…

2026/08/11

Des robots humains?

Comprendre comment la structure de la psyché permettrait d'expliquer l'émulation d'un être humain par une entité artificielle, nous devons analyser en détail les mécanismes de la psychologie de l'image (Notes de psychologie) et la structure de l'espace de représentation.


La différence entre une intelligence artificielle conventionnelle et une structure simulant le psychisme humain réside dans le fait que l’IA traite les données de manière linéaire ou associative, tandis que la conscience humaine fonctionne comme une structure dynamique et compensatoire qui transforme les stimuli en tensions, puis celles-ci en images spatialisées.


   ​L’espace de représentation n’est ni une métaphore visuelle ni un réceptacle vide ; il s’agit de la traduction en formes spatiales de la sensibilité interne du corps (cénesthésie) et de la relation avec le monde extérieur (kinesthésie et sens externes).


    Un robot aurait besoin non seulement de capteurs thermiques, de pression ou d’énergie (sens), mais aussi d’un mécanisme de traduction. Les stimuli provenant de l’extérieur ou de l’intérieur doivent être convertis en impulsions qui se manifestent sous forme de « formes » au sein d’un espace interne tridimensionnel (avec une hauteur, une largeur et une profondeur).


    Le robot devrait percevoir un « dedans » et un « dehors ». L’espace de représentation possède un « point zéro » ou observateur. Si le stimulus est enregistré « à l’intérieur », il modifie l’état interne ; s’il est projeté « à l’extérieur », il motive l’action sur l’environnement.


  Ce serait un centre de gravité interne, d’où l’observateur observe lui-même.


    Les images ne sont pas des photos passives stockées en mémoire ; ce sont des charges d’énergie dirigées qui cherchent à libérer ou à compenser la tension accumulée dans le psychisme.


   Lorsque le robot détecte un besoin ou un déséquilibre interne (une tension), celui-ci doit se transformer en une image située à un point précis de son écran interne.


   Son emplacement conditionnerait la réponse au monde.


   Les images profondes agiraient sur le milieu interne (processus d’autorégulation ou réponse métabolique/énergétique).


   Les images périphériques ou externes déclencheraient la motricité physique du robot vers le monde extérieur afin de modifier l’environnement.


Sans ce positionnement spatial de l’image, le robot n’aurait pas d’« élan » vers l’action, mais uniquement une instruction algorithmique dépourvue d’intentionnalité dynamique.


   Le psychisme humain ne fonctionne pas dans un présent statique. Il opère dans un tissu temporel où le présent est continuellement entrelacé avec la mémoire (passé) et l’anticipation (futur).


   Le comportement humain est déterminé par l’avenir qu’il imagine. Pour ressembler à un être humain, le robot ne doit pas se contenter de réagir aux informations du présent ; il doit élaborer des projets et des images futures pour compenser la finitude ou le besoin.


    La mémoire (rétention) fournit la matière de l’image, mais c’est l’image de ce qui ne s’est pas encore produit (protension) qui pousse le robot à l’action.


   ​Un aspect clé du psychisme est la mobilité de l’observateur au sein de l’Espace de Représentation à travers les différents niveaux de conscience (sommeil végétatif, sommeil avec rêves, demi-sommeil, veille et conscience de soi).


    Un robot « humain » devrait modifier la profondeur et la netteté de son espace interne en fonction de son niveau d’énergie et des exigences de l’environnement.


   Pour parvenir à la « conscience de soi », le robot devrait non seulement enregistrer l’objet externe, mais aussi enregistrer sa propre image en cours de traitement dans son espace de représentation, en portant son attention à la fois sur le monde et sur son propre processus interne.


Pour qu’un artefact simule le comportement humain, il doit être structuré comme un système de compensation des tensions qui transforme la sensibilité physique en images tridimensionnelles, dont la projection dans l’espace interne déclenche une action intentionnelle tournée vers l’avenir.

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D’après la Psychologie de l’image de Silo.


Antonio Molina

2026/06/20

La Mort, ce n’est pas une porte qui se ferme, mais une qui s’ouvre

Approfondissons la mort depuis l’Espace de Représentation. Nous ne sommes pas face à une interprétation métaphorique, mais à une description structurelle de la façon dont l’énergie, la mémoire et l’espace interne interagissent lorsque le support biologique atteint sa limite.

Décomposons ce processus dans ses dimensions les plus profondes : la relation avec la cénesthésie, la configuration du « double » énergétique et le transit de l’observateur à travers le temps et l’espace interne.


1. L’Effondrement de l’Écran Cénesthésique et la « Lumière au Bout du Tunnel »


L’espace de représentation ne flotte pas dans le vide ; son « arrière-plan » ou écran est continuellement alimenté par les impulsions du corps lui-même, principalement par la cénesthésie (le registre interne des organes, de la respiration, de la pression sanguine, etc.).

Lorsque l’organisme commence à défaillir de façon irréversible, la carte cénesthésique se modifie radicalement :


La contraction de l’espace : En s’affaiblissant, les fonctions vitales font perdre à la conscience la capacité de projeter des images vers la périphérie de l’Espace de Représentation (le paysage extérieur). L’espace se réduit, toute l’énergie se concentrant au centre exact de la représentation.


La traduction de la déconnexion : Cette contraction et ce repli de l’énergie vers le centre de l’Espace de Représentation sont traduits par l’appareil de registre comme un mouvement d’avance à travers un conduit, ou comme la perception d’un point focal hyperlumineux. Il ne s’agit pas d’un lieu physique extérieur ; c’est la représentation visuelle de l’énergie psychophysique se retirant des extrémités et des sens externes, se concentrant dans le noyau de la conscience.


2. L’Ouverture du Temps Propre : Mémoire et Protension


Durant la veille ordinaire, le temps est rythmé par la perception du monde extérieur. Mais au moment de mourir, lorsque les voies sensorielles se ferment, la conscience entre dans un état d’isolement sensoriel absolu.


Il se produit alors un phénomène à la fois mathématique et psychologique dans l’espace de représentation :


L’explosion de la mémoire (le Passé) : En l’absence d’un présent extérieur pour ordonner le flux de la conscience, toute la mémoire accumulée dans les niveaux profonds du psychisme se projette d’un coup dans l’espace de représentation. C’est une compensation de l’appareil psychique face à l’effondrement du monde. La vie entière se re-présente, non pas de façon linéaire, mais simultanée, comme un paysage tridimensionnel où le sujet se voit lui-même à tous les âges de sa vie. « Voir défiler sa vie devant ses yeux. »


La tension vers le futur (Protension) : En cet instant extrême, la conscience maintient sa loi fondamentale : l’intentionnalité. La conscience ne peut pas « ne pas tendre » vers quelque chose. Si le sujet a vécu dans la contradiction, cette protension se déclenche avec panique et désorganisation, cherchant à s’accrocher à un corps qui ne répond plus. Si le sujet a travaillé à son unité, la protension s’oriente avec lucidité vers la continuité du processus, guidée par les images de sens profond qu’il a construites au cours de sa vie.


3. La Structuration du « Double » Énergétique


L’énergie psychophysique (la force) est malléable et se déplace en suivant les images dans l’espace de représentation. Chaque fois qu’une personne accomplit un acte valide (un acte unitif qui génère paix et joie profondes), l’énergie ne se dissipe ni ne se disperse dans l’environnement ; elle s’accumule et s’organise.


Au fil d’une vie de travail interne, cette énergie prend progressivement une configuration géométrique et structurelle au sein de l’Espace de Représentation. Il s’agit d’une morphogenèse interne :


Chez le sujet fragmenté : Les images contradictoires tirent l’énergie dans des directions opposées. L’espace de représentation est parsemé de « fissures » et de tensions. Au moment de mourir, lorsque le hardware biologique disparaît, l’énergie accumulée est incapable de maintenir une structure indépendante et se dissout, se réintégrant à l’énergie générale de la nature. L’identité individuelle s’évanouit.


Chez le sujet unifié : La répétition continue d’actes cohérents agit comme un aimant qui cohésive l’énergie. Il se génère une « forme » ou structure interne parallèle au corps physique, mais faite d’une matérialité plus subtile (énergie psychophysique pure). L’Espace de Représentation de cette personne ne dépend plus de la cénesthésie biologique pour se maintenir stable ; il a acquis son autonomie.


4. Le Transit de l’Observateur : La Rupture de l’Espace de Représentation


Le point critique de la mort est le destin de l’Observateur. L’observateur est ce point focal de la conscience qui contemple les images à l’intérieur de l’Espace de Représentation. Habituellement, l’observateur croit être le corps parce qu’il est conditionné par les sensations physiques.


Au moment du détachement final :


Si l’observateur parvient à se désidentifier du corps mourant et à transférer son centre de gravité vers la « forme unifiée » qu’il a construite, l’Espace de Représentation physique se rompt, mais ne s’éteint pas.


Il se produit un saut de plan : l’observateur découvre que l’Espace de Représentation tridimensionnel (la Forme), dans lequel il a vécu prisonnier toute sa vie, n’était qu’une bulle à l’intérieur d’un Espace de Représentation infiniment plus vaste et non euclidien (la Non-Forme). La conscience s’expérimente alors comme pure intentionnalité libérée des catégories de haut/bas, dedans/dehors, temps/espace matériel.


« La lumière que tu cherches est dans ton propre espace interne. Si tu as appris à l’habiter sans craindre la perte du vêtement, le transit n’est pas une chute dans le vide, mais l’éveil de l’observateur à l’espace réel de l’Esprit. »


Conclusion : Le Sens du Travail Interne


Depuis cette perspective élargie, nous comprenons pourquoi l’Éveil et l’Unité Intérieure sont vitaux dans l’ici et maintenant. Il ne s’agit pas d’une morale pour être « bons », mais d’une nécessité évolutive et énergétique.


Chaque contradiction que nous résolvons, chaque réconciliation profonde que nous accomplissons et chaque image d’unité que nous plaçons dans notre Espace de Représentation est une brique dans la construction du véhicule qui soutiendra notre conscience-transcendée lorsque la gravité de la Terre et la biologie réclameront le corps qu’ils nous ont prêté. La mort, vue ainsi, est l’acte de naissance de la conscience-transcendée libérée.

« La Non-Forme qui a donné forme à la Forme se révèle comme la nouvelle Forme sans Forme. »

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Extrait de la monographie

SPATIALITÉ DU TEMPS

Antonio Molina

2026/05/28

Antécédents et points fondamentaux de l’HumanismeUniversaliste

« Nous parlerons d’un courant de pensée qui postule l’action transformatrice et qui commence à être pris en compte grâce aux changements profonds qui s’opèrent dans la société. L’Humanisme est ce courant.

Nous passerons en revue, très brièvement, ses antécédents historiques, son développement et la situation dans laquelle il se trouve actuellement.

Différence entre « Courant » et Attitude humaniste :

Nous devons établir, au préalable, une différence entre l’Humanisme en tant que courant et l’Humanisme en tant qu’attitude.

Cette dernière était déjà présente dans différentes cultures avant que le mot « Humanisme » ne soit forgé en Occident.

L’attitude humaniste est commune aux différentes cultures, à certaines étapes de leur histoire, et se caractérise par : 1.- La place de l’être humain comme valeur centrale ; 2.- L’affirmation de l’égalité de tous les êtres humains ; 3.- La reconnaissance de la diversité personnelle et culturelle ; 4.- La tendance au développement de la connaissance au-delà de ce qui est accepté comme vérité absolue ; 5.- L’affirmation de la liberté des idées et des croyances et 6.- Le rejet de la violence.

Cette attitude est ce qui compte dans notre Nouvel Humanisme Universaliste et ce sont les différentes cultures qui nous apprennent à aimer et à pratiquer cette position face à la vie.

Je renvoie, à qui cela intéresse, à l’étude de l’Humanisme dans les différentes cultures (Annuaire 1994 du Centre Mondial d’Études Humanistes, particulièrement dans la contribution du professeur Serguei Semenov, spécialiste de l’Humanisme précolombien en Méso et Amérique du Sud).

Nous devons également faire une distinction, quelque peu puérile, entre les études « humanistiques » dispensées dans les facultés ou instituts d’études et l’attitude personnelle non définie par la dévotion professionnelle mais par le positionnement face à l’Humain comme préoccupation centrale.

Lorsque quelqu’un se définit comme « humaniste », il ne le fait pas en référence à ses connaissances en « humanités » et, de même, un étudiant ou un spécialiste de ces disciplines ne se considère pas pour autant « humaniste ». Nous glissons ce commentaire parce qu’il ne manque pas de gens qui lient l’« humanisme » à un certain type de connaissance ou de niveau culturel.

En Occident, deux sont les acceptions que l’on attribue habituellement au mot « humanisme ».

On parle d’« humanisme » pour indiquer toute tendance de pensée qui affirme la valeur et la dignité de l’être humain. Avec cette signification, on peut interpréter l’humanisme de manières très diverses et contrastées.

Dans son sens plus limité, mais en le plaçant dans une perspective historique précise, le concept d’Humanisme est utilisé pour désigner ce processus de transformation qui a débuté entre la fin du XIVe siècle et le début du XVe et qui, au siècle suivant, sous le nom de « Renaissance », a dominé la vie intellectuelle de l’Europe. Il suffit de mentionner Érasme, Giordano Bruno, Galilée, Nicolas de Cues, Thomas More, Juan Vives et Bouillé pour comprendre la diversité et l’étendue de l’Humanisme historique. Son influence s’est prolongée tout au long du XVIIe siècle et d’une grande partie du XVIIIe, aboutissant aux révolutions qui ont ouvert les portes de l’Époque Contemporaine.

Ce courant a semblé s’éteindre lentement jusqu’à ce qu’au milieu de ce XXe siècle, il se soit remis en marche dans le débat entre penseurs préoccupés par les questions sociales et politiques.

Les aspects fondamentaux de l’Humanisme historique furent, approximativement, les suivants :

La réaction contre le mode de vie et les valeurs du Moyen Âge. Ainsi commence une forte reconnaissance d’autres cultures, particulièrement de la gréco-romaine dans l’art, la science et la philosophie.

La proposition d’une nouvelle image de l’être humain dont on exalte la personnalité et l’action transformatrice.

Une nouvelle attitude à l’égard de la nature, acceptée comme environnement de l’homme et non plus comme un sous-monde plein de tentations et de châtiments.

L’intérêt pour l’expérimentation et la recherche du monde environnant comme tendance à chercher des explications naturelles sans avoir besoin de références au surnaturel.

Ces quatre aspects de l’Humanisme historique convergent vers un même objectif : faire naître la confiance en l’être humain et en sa créativité, et considérer le monde comme le royaume de l’homme. Royaume que celui-ci peut dominer grâce à la connaissance des sciences.

Depuis cette nouvelle perspective s’exprime la nécessité de construire une nouvelle vision de l’univers et de l’histoire.

De même, les nouvelles conceptions de cet Humanisme historique conduisent à la remise en question de la question religieuse tant dans ses structures dogmatiques et liturgiques que dans les structures organisationnelles qui, à cette époque, imprègnent les structures sociales du Moyen Âge.

L’Humanisme, en corrélation avec la modification des forces économiques et sociales de l’époque, représente un révolutionnarisme de plus en plus conscient et de plus en plus orienté vers la discussion de l’ordre établi. Mais la Réforme dans le monde allemand et anglo-saxon et la Contre-Réforme dans le monde latin tentent de freiner les nouvelles idées en reproposant autoritairement la vision chrétienne traditionnelle. La crise passe de l’Église aux structures étatiques.

Finalement, l’empire et la monarchie par « droit divin » sont éliminés grâce aux révolutions de la fin du XVIIIe et du XIXe siècle.

Mais après la Révolution française et les guerres d’indépendance américaines, l’Humanisme a pratiquement disparu. Néanmoins, il continue comme toile de fond sociale d’idéaux et d’aspirations qui encourage des transformations économiques, politiques et scientifiques.

L’Humanisme a reculé face à des conceptions et des pratiques qui s’installent jusqu’à la fin du Colonialisme, de la Seconde Guerre mondiale et de l’alignement bifront de la planète.

Dans cette situation se rouvre le débat sur la signification de l’être humain et de la nature, sur la justification des structures économiques et politiques, sur l’orientation de la science et de la technologie et, en général, sur la direction des événements historiques.

Après le long chemin parcouru et les dernières discussions dans le domaine des idées, il est clair que l’Humanisme doit redéfinir sa position non seulement en tant que conception théorique mais en tant qu’activité et pratique sociale. Pour cela, nous nous appuierons continuellement sur son Document fondateur.

L’état de la question humaniste doit être posé aujourd’hui en référence aux conditions dans lesquelles l’être humain vit. Ces conditions ne sont pas abstraites. Par conséquent, il n’est pas légitime de dériver l’Humanisme d’une théorie sur la Nature, ou d’une théorie sur l’Histoire, ou d’une foi en Dieu.

La condition humaine est telle que la rencontre immédiate avec la douleur et avec la nécessité de la surmonter est incontournable.

Cette condition, commune à tant d’autres espèces, trouve dans l’espèce humaine le besoin supplémentaire de prévoir comment surmonter la douleur et atteindre le plaisir à l’avenir. Sa prévision future s’appuie sur l’expérience passée et sur l’intention d’améliorer sa situation actuelle.

Son travail, accumulé dans des productions sociales, passe et se transforme de génération en génération dans une lutte continue pour surmonter les conditions naturelles et sociales dans lesquelles il vit. C’est pourquoi l’Humanisme définit l’Être Humain comme un Être historique, doté d’un mode d’action sociale capable de transformer le monde et sa propre nature.

Ce point est d’une importance capitale car en l’acceptant, on ne pourra pas, de manière cohérente, affirmer ensuite un « droit naturel » ou une « propriété naturelle » ou des « institutions naturelles » ou, enfin, un type d’être humain à venir, tel qu’il est aujourd’hui, comme s’il était achevé pour toujours…

L’ancien thème de la relation de l’homme avec la nature reprend de l’importance.

En le reprenant, nous découvrons ce grand paradoxe dans lequel l’Être Humain apparaît sans fixité, sans nature, tandis que nous percevons en lui une constante : son historicité.

C’est pourquoi, en forçant les termes, on peut dire que la nature de l’homme est son histoire ; son histoire sociale. Par conséquent, chaque être humain qui naît n’est pas un premier exemplaire équipé génétiquement pour répondre à son milieu, mais un Être historique qui développe son expérience personnelle dans un paysage social, dans un paysage humain.

Voici que dans ce monde social, l’intention commune de surmonter la douleur est niée par l’intention d’autres êtres humains.

Nous disons que certains hommes naturalisent les autres en niant leur intention : ils les convertissent en objet d’usage.

Ainsi, la tragédie d’être soumis à des conditions physiques naturelles pousse le travail social et la science vers de nouvelles réalisations qui surmontent ces conditions. Mais la tragédie d’être soumis à des conditions sociales d’inégalité et d’injustice pousse l’être humain à la rébellion contre cette situation dans laquelle on perçoit non pas le jeu de forces aveugles mais le jeu d’autres intentions humaines.

Ces intentions humaines, qui discriminent les uns et les autres, sont remises en question dans un domaine très différent de celui de la tragédie naturelle dans laquelle il n’existe pas d’intention. C’est pourquoi il existe toujours dans toute discrimination un monstrueux effort pour établir que les différences entre les êtres humains sont dues à la nature, qu’elle soit physique ou sociale, qui réalise son jeu de forces sans que l’intention intervienne.

Des différences raciales, sexuelles et économiques seront faites en les justifiant par des lois génétiques ou de marché, mais dans tous les cas, on opérera avec la distorsion, le mensonge et la mauvaise foi.

Les deux idées fondamentales exposées précédemment : en premier lieu celle de la condition humaine soumise à la douleur avec son élan pour la surmonter et, en second lieu, la définition de l’Être Humain historique et social, centrent l’état de la question pour les humanistes d’aujourd’hui.

Sur ces points particuliers, je renvoie au livre Contributions à la Pensée, dans l’essai intitulé : Discussions Historiologiques.

Dans le Document fondateur du Mouvement Humaniste, il est déclaré qu’il faudra passer de la Pré-Histoire à la véritable Histoire Humaine seulement lorsque sera éliminée la violente appropriation animale d’êtres humains par d’autres.

En attendant, on ne pourra partir d’une autre valeur centrale que celle de l’Être Humain plein dans ses réalisations et dans sa liberté.

La proclamation : « Rien au-dessus de l’être humain et aucun être humain au-dessous d’un autre », synthétise tout cela.

Si l’on place comme valeur centrale Dieu, l’État, l’Argent ou toute autre entité, on subordonne l’Être Humain en créant des conditions pour son contrôle ou son sacrifice ultérieur.

Nous les humanistes, nous avons ce point bien clair. Nous les humanistes, nous sommes athées ou croyants, mais nous ne partons pas de l’athéisme ou de la foi pour fonder notre vision du monde et notre action ; nous partons de l’être humain et de ses besoins immédiats.

Ainsi, nous les humanistes, nous prenons position. Nous ne nous sentons pas sortis du néant mais tributaires d’un long processus et d’un effort collectif ; nous nous engageons dans le moment actuel et nous envisageons une longue lutte vers l’avenir.

Nous affirmons la diversité en franche opposition à la réglementation qui jusqu’à présent a été imposée et soutenue par des explications selon lesquelles la diversité met en dialectique les éléments d’un système, de sorte qu’en respectant toute particularité, on donne libre cours à des forces centrifuges et désintégratrices.

Nous les humanistes, nous pensons le contraire et nous soulignons que, précisément en ce moment, l’écrasement de la diversité conduit à l’explosion des structures rigides. C’est pourquoi nous mettons l’accent sur la direction convergente, sur l’intention convergente et nous nous opposons à l’idée et à la pratique de l’élimination de supposées conditions dialectiques dans un ensemble donné.

Nous les humanistes, nous reconnaissons les antécédents de l’Humanisme historique et nous nous inspirons des apports des différentes cultures, non seulement de celles qui occupent en ce moment une place centrale ; nous pensons à l’avenir en essayant de surmonter la crise présente ; nous sommes optimistes : nous croyons en la liberté et au progrès social. »

Source: 

Conférence « La position du Nouvel Humanisme » donnée par Silo à S.S. de Jujuy, 30-10-1995.​​​​​​​​​​​​​​​​