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2018/09/17

Dario Ergas: Synthèse de l’étude sur la foi

Dario Ergas, Centre d’Études, Parc d’Études et de Réflexion Punta de Vacas, Mars 2017
Traduction en français par Nathalie Douay et Paquita Ortiz

Foi externe
La foi externe est un état psychologique dans lequel on attribue la cause de la force intérieure à un objet de conscience, externe ou interne. La conscience attribue sa cohésion à un objet et renforce  un de ses contenus. La foi externe s’expérimente comme une force intérieure mais qui appartient à l’objet de foi et que c’est lui qui nous la procure. C’est-à-dire que la foi est externe quand on croit que l’objet de foi est la cause de la foi.
La foi externe n’évite pas la peur, au contraire, elle l’augmente dans la coprésence. À chaque crise vitale, elle ressurgira en angoissant la conscience. Pour éviter que la peur ne s’empare de moi, je la submerge de prières ou de tout autre type de répétitions qui maintiennent mon attention en dépendance de l’objet de foi. Mais en faisant cela, en forçant l’attention pour maintenir en présence l’objet de foi, la peur grandit comme un tréfonds de la conscience.

Foi interne
La foi interne est un acte intentionnel, c’est-à-dire que l’acte a sa propre liberté et oriente le psychisme vers ce que l’on aime. La foi interne est, plus précisément, la sensation cénesthésique de cet acte intentionnel qui dirige le psychisme vers quelque chose de "voulu". Nous sommes face à  une qualité assez différente de ce que nous avons l’habitude d’appeler foi, qui en général, se réfère à la foi externe. La foi interne n’est pas un don, ni une grâce mais une énergie vitale que je peux expérimenter et dont je peux disposer pour "charger" des images mentales déterminées et orienter l’action dans une direction voulue.
Cette chose "voulue par moi", dans le cas de la foi interne, renforce l’acte qui la cherche, concentre la force intérieure qui l’imagine, privilégie la commotion interne et non sa "réalité" matérielle ou spirituelle, pas plus que sa possession ou sa concrétisation. La foi interne ne cherche pas à valider l’objet de foi mais à s’expérimenter elle-même en gagnant chaque fois plus en indépendance, autonomie ou liberté vis-à-vis du ou des objets auxquels elle se réfère.
L’acte de foi se réfère à "l’autre", qui est hors de mon contrôle et indépendant de ma volonté. Ce que je veux, "l’autre", n’est pas quelque chose qui "est" puisque son être s’échappe chaque fois que je le définis ; il s’agit de quelque chose qui a une qualité de processus, de changement ; ce que je veux avance en se montrant, en se dévoilant, en se construisant.
La foi interne est un acte intentionnel, comme réponse à une nécessité expérimentée comme vitale, de vie ou de mort, ou en d’autres termes, comme une nécessité de futur et de sens. La foi interne ne se réveille pas par pression sociale, ni par éducation, ni même par révélation. Dans tous ces cas, nous ne parvenons qu’à une foi externe qui porte dans ses racines, un certain degré d’imposition, plus ou moins subtil ou grossier. Ce qui est voulu depuis ma foi interne, au lieu de générer de la dépendance ou l’angoisse de la possession, fait rebondir le regard vers l’intériorité et j’expérimente la
reconnaissance de ma propre foi ou de la force interne. 
La foi en soi-même n’est pas affirmation de soi. Elle n’est pas l’exaltation de mes qualités. Elle n’est pas de s’accrocher à une croyance ou à une identité. La foi en soi-même jaillit quand je lâche les amarres de mon identité et que j’accepte que je ne sais pas qui je suis ; alors, à tâtons dans la quiétude de cette nuit d’étoiles immobiles, je sens l’impulsion de ma propre intention. Ce que je suis, "cet autre", ne m’appartient pas et pourtant réside en moi.
Ainsi, la foi interne est une intention de laquelle j’ai une sensation, qui dirige la conscience vers l’autre qui "veut par soi-même" sans que le moi puisse intervenir dans sa décision, et en le faisant,mon intention à son tour s’expérimente elle-même comme une augmentation de la foi interne, comme une reconnaissance de soi et comme la possibilité ouverte au futur.

Foi en la transcendance
Une foi externe dans la transcendance transférera l’expérience ou la possibilité de l’immortel, la volonté de Dieu, d’un autre être spirituel, ou à tout autre type de contenu de conscience. La peur de la mort est toujours coprésente et, dans certaines circonstances, très banales pour d’autres, elle traverse le brouillard qui m’assoupit et pénètre dans la peau tremblante de mon existence. Depuis la foi externe, j’aurai recours à un Être qui est l’objet de ma foi. Je l’invoquerai et je sentirai sa présence, et avec lui j’empêcherai que la peur de la mort sorte de la coprésence, expérimentant ainsi une certaine tranquillité. Par des prières et des répétitions, je forcerai la présence de cet Être, parce qu’en étant occupé à l’invoquer, l’angoisse de la mort diminue. La mort reste hors de l’horizon de mon attention mais perdure dans le champ de la coprésence. Au lieu de diminuer, la peur de la mort augmente sa pression comme réaction à la force que je mets pour empêcher qu’elle entre dans le champ de mon attention. Dans toute erreur ou toute crise, la peur de la mort surgira depuis la coprésence et occupera le centre de la conscience.
Ce n’est pas l’objet de l’acte de foi qui distingue la foi interne de la foi externe. Mais dans un cas, la direction de la conscience est mise vers le contact avec la force intérieure en se détachant de l’objet de foi, en le comprenant comme un échafaudage de la construction spirituelle remplaçable à chaque pas évolutif ; et dans le second cas, dans le cas de la foi externe, on affirme et on exalte l’objet de foi en le considérant comme la cause de la foi. Dans tous les cas, il faut clarifier que même dans le cas de la foi externe, si nous sommes face à une nécessité réelle, qui mobilise des forces instinctives de survie, un déplacement du moi habituel pourrait se produire. La conscience répondra depuis cette condition "inspirée" à la nécessité qui l’a pressionnée. Ceci validera l’objet de la foi externe et renforcera le sentiment que la force intérieure provient de l’extériorité.
Si au contraire, je réveille ma foi interne, j’accepte l'incertitude de ne pas connaître les réponses. Je me laisse posséder par le sentiment de l’ignorance face à des thèmes que jusqu’ici, j’essayais qu’ils ne m’affectent pas, de les chasser rapidement à travers une foi ingénue ; ou parfois, en éradiquant ces pensées par des oraisons ou des répétitions forcées. Absorbé par le doute et l’ignorance, un vertige inhabituel, une angoisse qui m’inquiète et qui reste pour toujours me révèlent que je suis face à une véritable nécessité de mon existence. Alors j’ai recours à ma foi interne.
Renversé vers l’intérieur de moi-même, je me réfugie au-delà de la sensation. Bien qu’il me coûte de l’accepter parce que ça réfute toute pensée antérieure, je sens une force intérieure qui ne s’altère pas face à la confusion intellectuelle, une certaine neutralité émotive qui ne s’agite pas dans le va-etvient du oui et du non de l’angoisse ; je trouve une tranquillité inespérée en moi, que je peux décider d’accepter, ou de le dégrader comme s’il était illusoire. La foi interne s’expérimente en soi-même, et même sans avoir de réponses, je sais que je "sais" et bien que ce soit sans passion, c’est sans peur non plus. Cette présence en moi, même au coeur de la tourmente, est révélatrice d’une force intérieure qui peut m’orienter dans une direction transcendante et de sens. La foi interne ne nie pas l’abîme, la mort ou le néant ; mais elle expérimente en elle-même quelque chose qui lui survit.

La croissance de la foi interne
Nous ne nous apercevons jamais assez de la primauté de l’action pour donner cohérence et unité à la vie. La pensée est importante, le sentiment est important mais leur mobilité et variabilité ne donnent pas consistance jusqu’à ce qu’ils soient fixés dans le monde à travers l’action. C’est l’action qui finalement rapporte dans l’accumulation de la force et de l’unité interne, ou dans la faiblesse et la contradiction.

La foi interne grandit dans la reconnaissance de "l’autre", d’une intention étrangère que je ne peux posséder mais que je peux aimer et rendre digne. Cette intention qui ne m’appartient pas, je peux la reconnaitre dans l’autre être humain près de moi, je peux percevoir une intention évolutive à laquelle je participe, en frôlant le terrain du sacré. Mais cette reconnaissance de "l’autre" s’évanouit immédiatement comme compréhension intellectuelle ou comme émotion touchante à moins qu’à travers l’action nous reconnaissions "l’autre" que je ne possède pas mais que l’action peut révéler.
Ainsi la valeur de l’action est tout d’abord donnée par sa capacité à augmenter la foi interne et l’unité interne et non pas par le fait d’atteindre des objectifs. Les indicateurs externes de l’action ont une importance au moment de l’évaluation et de la réflexion mais ne peuvent supplanter la référence existentielle de la croissance de la paix intérieure, de la force interne et de la joie du futur en soi même et dans le milieu qui m’entoure. En faisant cette inversion de la valeur de l’action, nous expérimentons de la contradiction, de la faiblesse et la foi s’externalise vers l’ingéniosité ou le fanatisme.
Nous en comprenons un peu plus sur la foi interne en la différenciant de la foi externe dans laquelle on croit que l’objet de foi ou la croyance est la cause de la foi. Nous avons traduit la foi interne dans sa modalité de foi en soi-même et de foi dans la transcendance.
La foi peut être réveillée quand se présente à nous la proximité de la mort ou du non-sens; ceci peut arriver par accident, ou parce que consciemment nous nous approchons aimablement de ces pensées, en acceptant l’incertitude et l’angoisse qu’elles nous produisent. La reconnaissance de ma nécessité est aussi reconnaissance de la fragilité, de l’errance dans le non-sens, du futur qui se brise avec la mort. Depuis le contact avec cette nécessité, je prends la décision de réveiller ma foi interne, de sentir ma force intérieure.
Dans cette internalisation, je trouve une force intérieure et un calme que nous appelons foi interne. Cette foi interne, je peux la diriger vers quelque chose de "voulu", d’aimé. Cet "autre" vers lequel je dirige ma foi ne peut être possédé puisqu’il n’est pas ce qu’il est mais qu’il change et se constitue dans la mesure où la foi interne grandit ; et à mesure que ma foi se dépose en lui, la sensation d’elle même s’intensifie. Le contact et la reconnaissance de cette énergie va changer les croyances que j’ai sur la vie, les autres et la transcendance.
En prenant contact avec la sensation de ma force intérieure, j’observe que celle-ci est liée à certaines personnes, à certains projets ou futurs possibles vers lesquels je me dirige. Je peux sentir aussi la force avec laquelle je m’accroche à eux et la peur que je ressens à l’idée que ces personnes m’abandonnent ou que ce futur imaginé ne s’accomplisse pas. Je peux maintenant observer cette dépendance de ma force intérieure à ces futurs possibles. En observant mon appréhension et ma peur, j’entre dans un espace plus interne et plus tranquille, et j’observe ces attachements depuis une certaine neutralité. Cette position interne peut se convertir en une nouvelle référence dont la croissance et le renforcement donnent un sens rénovateur à la vie et orientent l’action vers un destin libérateur.

2017/02/13

L’éveil de l’humanité

Épilogue du livre Unité dans l'action, 
Dario Ergas

Quand je parle du niveau de conscience de l’unité, que j’ai caractérisé par l’éveil du regard intérieur, je me réfère à une façon d’être, à laquelle j’accède sans effort et qui s’installe en moi, comme cela est arrivé à nos ancêtres hominidés avec le sommeil et la veille. Je mentionne un état qui dépasse la veille et fait pressentir un grand changement.
Si je remonte à un temps originel, et que j’observe le surgissement de l’Univers, la condensation de la matière, la naissance de la vie, la coordination de la conscience, cela me semble connecté à une impulsion évolutive, qui à partir de particules très simples, élabore des moments de plus en plus complexes. Il ne semble pas que dans cette spirale de la création, le créé soit jamais intervenu pour collaborer avec cette intention qui le précède. Cette impulsion, jusqu’à maintenant, a été suffisante pour que des combinaisons mécaniques, chimiques et biologiques fassent germer toute l’existence, y compris la vie et les espèces. Jusqu’à l’apparition de l’être humain.
Dorénavant, cet être commence, par son action, sa propre conquête et la conquête du naturel ; pour cela, il accumule son histoire, transfère le temps dans les générations, et réfléchit sur son origine et son sens.
 S’il est vrai que le dépassement de la souffrance et de la peur de la mort est une nécessité, notre prochain pas sera d’atteindre la conscience de l’unité. Mais ceci ne sera pas le fait de l’évolution naturelle, mais parce que, dorénavant, l’humanité ellemême assumera son destin. Non seulement quant aux avancées scientifiques et techniques, qui améliorent la domination de la nature, mais aussi quant à son propre développement psychique et spirituel.
Si ce changement est obtenu dans de petits groupes, il est certain qu’ils essaieront d’influencer le processus historique, la science, l’art, la technique, la religion. Ils chercheront à créer des conditions sociales harmonieuses pour multiplier ce niveau de conscience majeur parmi les grands ensembles.

2016/11/07

Dario Ergas: Le regard du sens

http://www.darioergas.org/wp-content/uploads/2012/12/Le-Regard-du-Sens-BAT1.pdf
Dans "le Regard du Sens", Dario Ergas nous propose de partir du postulat qu'il y a un Sens et qu'il nous faut donc partir à sa quête, nous en approcher doucement pour en guetter les signes et entendre son murmure.
Dans ce monde troublé et violent, chacun d'entre nous se perd et continue cependant d'avancer sur son chemin en cherchant quelque chose qui justifie son existence. On  reconnait dans ce livre ces errances et ces avancées, ces questionnements et ces soupçons de réponses et l'on se réjouit alors que nos aspirations trouvent en ces pages un écho.
Ce livre est un réconfort et une promesse.

Pris de: 


(cliquez sur l'image pour télécharger le livre)



2013/11/20

Dario Ergas: Le réveil du Regard du Sens

Parc d’Études et de Réflexion d’Attigliano,Roma, 20/05/2011

...Ces trois difficultés, l’illusion de la conscience qui croit avoir déjà un sens, la confusion du regard qui croit qu’il capte le monde externe, et la croyance en le rien, sont propres à notre moment d’évolution. C’est la situation actuelle de la conscience et c’est pourquoi la quête du sens est aussi la recherche d’un saut évolutif. Il me semble que c’est la tentative que nous faisons dans ces Parcs d’Étude et de Réflexion à travers le monde. 
 Au fond de chacun, il y a l’expérience du sens ; là est ce qui est véritablement. Mais comment y accéder et comment faire pour que cela s’exprime dans le monde ?
...

Le Regard du Sens, de Dario Ergas

Le Regard du Sens. 

"...Pour nous approcher du monde intérieur où habite l’expérience du Sens, nous avons besoin du regard intérieur. Ce regard est toujours dans la conscience, mais celle-ci est endormie ou confondue avec le moi. Quand ce regard commence à se réveiller, il trouve un monde intérieur rempli de contradictions et de peurs, et comme il ne supporte pas cette souffrance, il s’éloigne de lui, fuit cette intériorité, s’externalise et se réfugie dans le moi de tous les jours. 
Pour comprendre l’expérience transcendante, le regard s’internalise et se sépare du moi habituel. Ceci est possible principalement par l’accumulation de l’unité interne. Le regard fuit la douleur que produit la contradiction et c’est pour cela qu’il s’externalise, il se place dans les limites tactiles de l’espace de représentation et s’identifie avec le moi. En s’externalisant, il n’est alors pas capable de reconnaître les significations qui proviennent de la profondeur et il les cherche au-dehors. Alors l’amitié, l’amour, l’union ne sont plus des significations pour construire dans le monde humain, il cherche dans le monde naturel, perdant alors la conscience du sens. ..."

2013/10/04

Le Regard du Sens - Présentation du Livre au Parc d’Etude et de Réflexion La Belle Idée

Ce livre relate l’expérience vécue avec le Chemin du Message de Silo. Il traite des expériences du sens desquelles je me suis approché en méditant les questions « Qui suis-je ? » et « Où vais-je ? » et en répondant presque chaque jour à ces deux questions. Il ne raconte pas seulement le contact avec le Sens mais aussi les luttes intérieures auxquelles j’ai été confronté en repérant mes contradictions et mes ressentiments.

2013/02/12

Presentation du livre "Le Regard du Sens"

"Ce livre relate l’expérience vécue avec le Chemin du Message de Silo. Il traite des expériences du sens desquelles je me suis approché en méditant les questions « Qui suis-je ? » et « Où vais-je ? » et en répondant presque chaque jour à ces deux questions. Il ne raconte pas seulement le contact avec le Sens mais aussi les luttes intérieures auxquelles j’ai été confronté en repérant mes contradictions et mes ressentiments.
Ces questions ont réveillé un regard intérieur. Mais ce regard ne me montrait pas ce que je voulais voir, cette bonne personne attentive et soucieuse des autres, appliquée à comprendre les problèmes du monde, de la psyché personnelle et collective. Non, il me montrait un type rempli d’énervement, de dégradations, la plupart du temps avec la tête prise par des banalités. Plus je m’y appliquais, plus apparaissaient des choses qui me dégoûtaient de moimême.
Parfois, alors que j’étais noyé dans un tourbillon de non-sens, surgissait une expérience totalisatrice et un amour plus grand qui me mettait en communication avec quelque chose d’immense qu’aucun mot ne saurait décrire. Cela m’encouragea : je devais apprendre à soutenir le regard intérieur, même si je n’aimais pas ce qu’il voyait.

Ce regard au début était implacable, peut-être déçu par la rencontre avec ce moi un peu inattendu. Mais était-ce cela, ce que je suis véritablement ? Lorsque la méditation me conduisait à un noeud de vie qui ne pouvait être dénoué, la question pour mon être et son sens restait empêtrée dans cette contradiction. J’eus l’intuition que derrière ces conflits, il y avait l’expérience de sens et chaque fois que je résolvais quelque chose, s’insinuait la paix que je recherchais. Cette intuition d’un sens, du soleil derrière le nuage noir, me donna une nouvelle énergie pour faire un effort de réconciliation. Il ne s’agissait pas du pardon comme une coutume culturelle ou comme une conduite morale exigée par la vie sociale, mais de la seule façon de reprendre contact avec ce quelque chose qui me remplissait complètement de paix, mais aussi de force et de joie. Ce regard qui porte un jugement et me jugeait s’adoucissait avec l’acceptation, la réconciliation et le rire. J’ai donc continué comme ça, en réveillant le regard intérieur, en calmant les bruits de la conscience et en étant attentif à ce que ce regard se reconnaisse lui-même.

L’irruption de l’expérience du sens me fit réviser mon point de vue sur le ressentiment et la culpabilité. Des années après, je réussis à mieux comprendre en étudiant la vengeance dans une causerie de Silo donnée au centre du travail de Grotte en Italie. 

Le regard sur mon ressentiment et la culpabilité changea beaucoup après avoir vécu une expérience transcendante, de celles durant lesquelles pour un instant, tout semble évident, on sait tout, quelque chose de si grand que ce que l’on peut en décrire n’est qu’un pâle souvenir. Ceci fit irruption alors que je m’interrogeais « qui suis-je ? » et la réponse fut : Je suis. Et ce « Je suis » me remplit de certitude et de communion.
Et je me suis dit : il n’est pas possible de sortir du ressentiment depuis le non-sens et si c’était quand même le cas, ce serait un chemin pénible et très long. De plus, il n’y a jamais eu aucune raison de dépasser la souffrance si dans le fond, je ne la ressens pas véritablement. Je ne suis pas sûr non plus qu’en dissolvant mes fautes je parvienne à un meilleur paysage. Mais si je m’arrête à l’expérience du sens, sachant que la mort n’est qu’une farce, une illusion de la conscience pour ce monde évolutif, ce que je dois faire pour dépasser le ressentiment est beaucoup plus facile.

Le problème est que cette expérience, nous ne l’avons pas, ou seulement une étincelle parfois. Alors essayons un truc. Faisons la supposition que la vie a un sens. Affirmons le sens de la vie, arrêtons-nous sur ce point de vue et tirons les conclusions existentielles de cette hypothèse. Sartre fit quelque chose de semblable mais à l’envers. Supposons, dit-il, que dieu n’existe pas et voyons quelles conclusions existentielles nous obtenons depuis cette affirmation. Ce truc m’est venu à l’idée pour communiquer ce qui m’arrivait, alors que j’expérimentai les pratiques et méditais sur les pas du Message de Silo.
Je découvris quelque chose de très simple. Aucun de mes problèmes, les ruptures amoureuses, les trahisons, les échecs, rien de cela n’a été responsable de ma perte de sens.

Ma vie n’avait pas de sens bien avant l’infortune qui m’a plongé dans le ressentiment. Elle n’avait pas de sens avant le conflit et bien entendu, elle n’en avait pas non plus après. Pourtant, je ressentais que si j’avais perdu le bonheur, c’était de la faute des personnes impliquées à ce moment-là et qu’elles m’avaient volé quelque chose de très important dans ma vie. Cette interprétation de ma souffrance est un mensonge, ou tout du moins une erreur. 
Personne ne m’a dépossédé de rien d’essentiel. Avant l’accident, je n’étais pas heureux, je n’avais pas de sens et je ne pouvais récriminer personne pour cela. Je pouvais les accuser de beaucoup de choses mais pas de m’avoir dérobé le sens de ma vie. Ce livre, de façon parfois poétique, essaie de nous approcher de cette compréhension. 

En allant plus loin, un des facteurs qui habituellement arrache le bonheur est la mort de personnes chères. Tous, un jour ou l’autre, sommes confrontés à cette Dame. La mort de quelqu’un de proche est une perte de l’amour, mais surtout c’est le choc frontal avec quelque chose d’insolite et d’incompréhensible qui est le fait de mourir. Ceci est le noeud existentiel et la racine de toute contradiction. Il est possible de s’approcher du coeur de cette question petit à petit, en enlevant chacune des fines couches qui l’occultent. Le livre tourne autour du sujet, comme dansant avec elle, je m’approche et lors d’un pas de danse, la mort s’évanouit et je me retrouve au centre de moi-même.

Mon intention est de tromper le lecteur, de lui faire croire qu’il est arrêté dans une hypothèse et, distrait, soudain, surgit en lui l’expérience du sens. La supposition initiale étant alors démontrée avec l’évidence irréfutable. Bien entendu, je n’arrive pas vraiment à cela mais cela m’aurait plu de pouvoir le faire.
Sur le chemin intérieur, les choses ne se produisent pas comme on le suppose. J’espérais pouvoir formuler le sens en une phrase révélatrice pour orienter la vie. Et bien ce n’est pas
comme ça. Ainsi, chaque fois que je frôle une de ces expériences, les mots utilisés pour l’exprimer s’enflent comme un ballon et se couvrent de l’orgueil de croire que je dis effectivement ce qui m’est arrivé. Il me semble alors être en train de parler de vérités absolues. Avec le temps, les phrases perdent ette charge et s’éloignent du vécu qui leur a donné origine. Parfois, je me tiens fortement accroché à elles car j’ai peur de perdre l’essence qui les a attirées et plus je m’accroche, plus l’expérience s’éloigne ainsi que son souvenir.
Cet écrit, dans une certaine mesure, est une annonciation. Il secoue le lecteur et lui dit : hey l’ami, nous avons un problème ! Il se trouve que la vie a un sens ! Et ceci a des conséquences car alors, ce n’est pas la même chose que je fasse ou que je cesse de faire. S’il y a un sens et que je meurs sans le connaître, ce serait un grand gaspillage. 

Pour nous approcher du monde intérieur où habite l’expérience du Sens, nous avons besoin du regard intérieur. Ce regard est toujours dans la conscience, mais celle-ci est endormie ou confondue avec le moi. 
Quand ce regard commence à se réveiller, il trouve un monde intérieur rempli de contradictions et de peurs, et comme il ne supporte pas cette souffrance, il s’éloigne de lui, fuit cette intériorité, s’externalise et se réfugie dans le moi de tous les jours. 

Pour comprendre l’expérience transcendante, le regard s’internalise et se sépare du moi habituel. Ceci est possible principalement par l’accumulation de l’unité interne. Le regard fuit la douleur que produit la contradiction et c’est pour cela qu’il s’externalise, il se place dans les limites tactiles de l’espace de représentation et s’identifie avec le moi. En s’externalisant, il n’est alors pas capable de reconnaître les significations qui proviennent de la profondeur et il les cherche au-dehors. Alors l’amitié, l’amour, l’union ne sont plus des significations pour construire dans le monde humain, il cherche dans le monde naturel, perdant alors la conscience du sens.

C’est précisément parce qu’il y a un sens que le regard se réveille pour le reconnaître. Pas à pas, il dégage le jour, le regard pénètre l’âme et lorsqu’il trouve quelque chose qui unit et donne cohésion, là, il se repose. Cette unité que trouve le regard intérieur impulse l’action vers la croissance de cette unité tant de fois perdue, tant de fois recherchée.

Le regard frôle qui je suis et me place dans un état de conscience de moi, ou de conscience de l’être en moi. Et dans cet état, je sens un centre, un quelque chose d’unitif qui acquiert une substantialité. Ce contact produit un changement dans mes croyances à propos de la mort. À mesure que croît l’unité interne, augmente le soupçon que ce centre n’est affecté ni par la naissance ni par la mort.

Arrivé là, et avec ces intuitions, tout se renverse. Ce qui semblait superficiel devient fondamental et ce que je croyais important perd de son poids. Me réconcilier cesse d’être une aspiration pour devenir une nécessité. L’unité intérieure prend consistance et sa croissance donne direction à ma vie.

Cette nécessité d’unité n’est pas seulement personnelle, mais elle est celle de tout être humain et nous avons besoin des uns et des autres pour la trouver. Cette reconnaissance peut impulser une action conjointe pour parvenir à l’amplification de la conscience et la libération de la violence et de la souffrance.

Je souhaite que ce livre vous plaise et qu’il sera utile à quelqu’un pour faire un pas sur le chemin vers lui-même".

Dario Ergas
9/12/2012
La Belle Idée.

2012/05/23

Le réveil du Regard du Sens


Auprès de Dario Ergas


Quand je cherche le sens de ma vie, je rencontre plusieurs difficultés. La première difficulté est que ce n’est pas vrai que je cherche le sens de ma vie car la plupart du temps, j’expérimente que ma vie a un sens. C’est très difficile de chercher quelque chose que l’on croit avoir déjà. Cependant, en cette époque de changements rapides, les évènements malmènent nos croyances et cela provoque des souffrances si grandes que nous finissons par admettre que nous sommes totalement perdus et que notre vie n’a aucun sens. Ces seaux d’eaux froides que la vie nous jette encore et encore, c’est l’expérience de ce que nous appelons l’échec. Nous avons confondu le sens de la vie avec nos rêveries et nos désirs. Quand ces rêveries échouent, nous nous réveillons de l’illusion et nous nous rendons compte que nous sommes perdus et sans véritable sens. L’échec permet à la conscience de se libérer pour un moment de la prison des rêveries. Cette expérience de l’échec est très importante et très difficile à assumer. L’expérience de l’échec, nous la vivons tous, mais peu sont ceux qui la reconnaissent et beaucoup l’occultent et la nient. Quand nous occultons ou nions nos échecs, nous tombons dans le ressentiment, la dépression ou la panique. La reconnaissance de l’échec nous réveille de l’illusion qui emprisonne la conscience et nous offre la liberté d'entamer une nouvelle recherche. C’est pour cela que nous disons que cette recherche et cet enseignement sont « pour ceux qui portent l’échec dans leur coeur ».
Une autre difficulté dans la recherche du sens, c’est de croire que le réel est externe à sa propre conscience.


 Parc d’Études et de Réflexion Attigliano Italie, 20/5/2011
Traduction française : François Baudoin, 30/5/2011