LE THÈME DU « PLUS »
Dans le schéma évolutif, on observe que le développement augmente à mesure qu’il reste de l’énergie libre : s’il y a un plus d’énergie, de nouveaux sauts évolutifs peuvent se produire. Dans les cas où toute l’énergie doit être employée à maintenir la structure, on ne peut pas progresser, et si l’on en arrive à dépenser plus d’énergie que l’on n’en produit, il y a détérioration et recul.
Le progrès s’obtient donc grâce à l’énergie excédentaire : avec cette énergie libre, on peut donner des réponses d’adaptation croissantes. Ce n’est pas seulement une question de quantité, mais aussi d’énergie de meilleure qualité. Avec une énergie plus épurée, on peut effectuer des incursions dans de nouvelles régions.
On pourrait donc affirmer que : tout progrès requiert un plus d’énergie, c’est-à-dire plus d’énergie en quantité et/ou de meilleure qualité. Là où l’on n’obtient pas de plus, l’avancée s’arrête ou il y a recul.
DANS LE PROCESSUS HUMAIN
Le fait que certains primates se soient mis à marcher debout a non seulement contribué à élargir le champ de vision et à avoir plus de perspective, mais a aussi « libéré » les bras, auparavant nécessaires pour se déplacer, afin qu’ils puissent être utilisés dans d’autres activités plus complexes et plus précises, ce qui a notablement accru leurs habiletés. Le corrélat en a été l’augmentation de leur capacité crânienne. Dès lors, l’Homo, en complexifiant l’activité cérébrale, put obtenir, entre autres choses et grâce à des mains plus précises, une alimentation plus sélective. Cette alimentation plus riche en nutriments entraîna une réduction de la taille de ses intestins, et il put ainsi disposer d’énergie pour la consacrer au développement d’un cerveau plus grand et plus complexe — ce qui a été économisé en boyaux a été investi en cerveau_.
Chez l’homo sapiens, le processus consistant à utiliser de moins en moins d’énergie pour couvrir les besoins de base est clair. Cela libère de l’énergie qui peut être appliquée à d’autres domaines.
Ce qui précède sont des exemples de ce qui se produit dans le simple évolutionnisme. Mais il est peut-être possible d’aller au-delà de la lente évolution, d’avancer à plus grande vitesse. Pour cela, il faudrait obtenir un plus grand débit d’énergie libre.
QU’EST-CE QUE LE PLUS
Ce thème du plus peut s’observer dans les processus, tant des peuples que des individus. Ici, nous nous référerons au plan de l’expérience personnelle. C’est aujourd’hui notre thème.
Tout d’abord, il nous faudra préciser ce que signifie « avoir du plus », ce qu’est « générer du plus », que ce soit dans un thème, un domaine, une situation, etc. En ce sens, il faudra reconnaître progressivement les tons internes, les états énergétiques, comment circule l’énergie psychophysique, comment elle s’active, comment elle s’exprime, où elle se bloque, comment elle peut être canalisée, comment elle s’accumule, comment on la rend plus subtile, pour n’indiquer que quelques-uns de ses aspects.
Un autre de ses corrélats est de voir ce plus dans différents domaines : dans les conduites, dans la résolution des conflits, dans les relations, dans les cadres quotidiens et dans l’action dans le monde en général. Il y a des cadres, des personnes, des conduites qui produisent ou génèrent du plus ; à l’inverse, il y en a d’autres qui bloquent ou absorbent une grande quantité d’énergie. Là se produisent des freins et des reculs.
Enfin, il y a des attitudes, des croyances, des regards, des constructions d’avenir, des postures mentales qui me donnent du plus. À l’inverse, il y en a d’autres qui sont de véritables « trous noirs », où se produit une grande absorption énergétique aux résultats dévitalisants.
EXEMPLES DE PLUS (+)
Agir avec attention donne du plus (+). Un acte mécanique ne génère pas de + d’énergie. À l’opposé, un acte accompli avec attention génère du + en plusieurs sens. D’une part, prêter attention à ce que l’on fait améliore le ton énergétique en élevant le niveau attentionnel. Mais en outre, l’efficacité de l’action s’améliore parce qu’on l’accomplit avec plus de soin. Et ce n’est pas tout : on accumule aussi davantage d’expérience. Cela se traduit en + lorsque, dans le 2e acte, il faut faire un moindre investissement énergétique que dans le 1er.
Apprendre, c’est générer du plus. Tout apprentissage peut être vu sous cet angle du plus. Quand on apprend une langue, une habileté ou une procédure, on génère un plus d’énergie. Cet apprentissage incorporé permet d’avancer, car il n’est plus nécessaire d’investir autant d’énergie, dans un second temps, pour parcourir ce chemin. L’énergie excédentaire peut être appliquée à de nouvelles avancées.
Couvrir les besoins de base génère du plus. Si l’on n’a pas résolu l’essentiel vital, on dilapide beaucoup d’énergie et l’on met en danger le fonctionnement de la structure psychophysique. Des thèmes comme se nourrir, le logement, les affects, le sexe peuvent être résolus de manière à ce qu’il reste du plus ou, au contraire, ils peuvent absorber une grande quantité d’énergie lorsqu’on y reste bloqué faute de pouvoir normaliser ces situations. Avoir ces thèmes résolus génère du plus à appliquer à d’autres choses.
La santé comme plus. Si la structure psychophysique est en bonne santé, on obtient du +. Si, au contraire, elle est malade, il faudra dériver davantage d’énergie pour se rétablir et guérir ; cette énergie ne pourra alors pas être utilisée pour d’autres activités. Nous observons tous que le niveau de rendement général psychophysique baisse notablement pendant la maladie. Là, il n’y a pas de plus.
Élargir la mémoire, c’est gagner du plus. La mémoire est la base de l’apprentissage dans la nature et aussi chez l’homme. La mémoire s’élargit avec plus d’attention, avec un peu plus d’effort, ce qui implique plus d’énergie et d’une autre qualité, mais cela génère à son tour davantage de +, car cela augmente le niveau et la qualité du travail en général.
Rester bloqué dans des problèmes retranche du plus. Résoudre des thèmes comme : des conflits biographiques, des situations existentielles mal structurées, des postures mentales mal positionnées, des directions de vie contradictoires, de fausses espérances projetées de manière illusoire, des approches de vie provisoires sans sens profond, etc., génère du plus ; au contraire, s’ils ne sont pas résolus, ils peuvent freiner et même aller jusqu’à inverser des processus.
Le « donner » a à voir avec le plus. D’une part, sans plus il n’y a pas d’énergie pour aider les autres. En donnant, je génère du plus dans la relation et du plus dans mon propre positionnement.
Traiter les autres comme j’aimerais être traité, c’est du plus. Car cette attitude génère un type de conduite qui, d’une part, améliore les relations, c’est-à-dire donne du plus, et d’autre part produit une croissance intérieure et une plus grande qualité humaine, ce qui est aussi du plus ; de plus, elle ouvre l’avenir, donnant encore davantage de plus.
ASPECTS DU PLUS
L’énergie appliquée correctement génère du plus. Il y a un positionnement et une direction de génération de plus croissante.
Disposer de plus n’est pas un problème d’« avoir », au sens de croire que celui qui a le plus de plus est celui qui a le plus de temps, de choses ou d’argent. Le thème du plus est un thème de positionnement, de regard, une manière d’être dans le monde avec soi-même, avec les autres gens et parmi les choses. Il y a des gens qui disposent de plus en plus de « ressources » mais qui expérimentent de moins en moins de plus. Apparemment, ils semblent résoudre des thèmes : ils trouvent un travail, se mettent en couple, fondent une famille, acquièrent une maison… et pourtant, existentiellement, ils sont de plus en plus accablés, de plus en plus enchaînés et avec de moins en moins d’énergie libre.
Le plus a à voir avec le registre que j’ai de ma vie, de mon écoulement. Il me relie de plus en plus à moi-même et à mes intérêts les plus profonds. Il m’ouvre aux autres et élargit ma disponibilité. Le thème du plus, appliqué au quotidien, est très proche du registre de me libérer progressivement.
CORRÉLATS DU PLUS
Les corrélats du plus sont exposés dans beaucoup de nos matériaux. Dans Humaniser la Terre, il est dit : « À mesure que ta vie passe, le bonheur ou la souffrance grandit en toi… si le bonheur et la liberté ne grandissent pas en toi et en ceux qui t’entourent, je refuserai ton exemple »_. Il n’est pas déplacé d’établir une certaine analogie entre ce thème du plus et les choses qui me rapprochent ou m’éloignent du bonheur. Dans certains cas, cela a à voir avec la capacité de choisir, de décider, d’élargir et d’approfondir les relations avec les autres, d’avoir plus de liberté de mouvement, de construire des cadres plus conformes à ce que je veux, de lancer des projets propres et en commun avec d’autres, etc. Tout cela ne peut se construire qu’avec du plus, avec de l’énergie libre. Nous voyons que le plus a à voir avec le temporel, le spatial et le relationnel.
On pourrait mettre de l’ordre en précisant ce qui génère du plus et ce qui n’en génère pas. On peut scanner sa propre vie sous cet angle, des aspects les plus personnels, en passant par les activités et relations quotidiennes, les cadres, jusqu’aux projets les plus vastes.
Exemple : je vais voir Pepito et après la visite, que se passe-t-il ? Car si je sors avec plus de problèmes que lorsque je suis entré, plus déprimé et endetté… tout cela est très différent de si, après l’avoir visité, je sors avec plus d’enthousiasme, plus optimiste, avec de nouveaux projets… Cela définit le plus que j’obtiens de cette relation. Et la même chose arrive à l’autre dans sa relation avec moi. Comment est-il resté après mon incursion ? Comment l’ai-je laissé après ma visite ? Pire encore qu’il n’était, ou au contraire, a-t-il vu s’ouvrir un avenir, mis de l’ordre dans des choses, senti le soutien d’un ami… ?
Voyons un autre cas. J’établis une relation, par exemple de couple. En général, lorsque quelqu’un s’engage dans une relation, c’est parce que cela l’aide à résoudre des choses ou à améliorer des situations. Il y a là une possibilité d’ouvrir de nouveaux canaux d’expression, de s’entraider, de générer un traitement gratifiant pour les deux. Cette relation semble bénéficier aux deux. C’est-à-dire qu’elle génère du plus. Le temps passe et que s’est-il produit ? Avons-nous augmenté ce plus ou est-ce le contraire qui s’est produit ? Car il se peut que ne se résolvent plus les thèmes qui nous avaient motivés, et pas seulement cela : nous nous sommes en outre enchaînés à de nouvelles choses non projetées en leur temps. C’est-à-dire que non seulement je ne résous pas de besoins, mais la relation m’a créé de nouvelles attaches que je n’avais pas auparavant, et je me retrouve maintenant avec beaucoup moins de plus qu’au début.
Il y a des situations « antiplus », qui sont comme un trou noir : celles dont non seulement on n’obtient pas de plus, mais qui absorbent une énorme quantité d’énergie. C’est le profil des situations conflictuelles.
COMMENT LE SYSTÈME TRAVAILLE À ABSORBER LE PLUS
Là où il y a du plus, le système essaie de l’absorber à son propre profit jusqu’à l’épuiser. Parce que les gens qui ont du plus peuvent penser, réfléchir sur leur vie, remettre les choses en question, se poser des questions et essayer de trouver des réponses, peuvent lutter, se mobiliser, s’organiser, etc. Au contraire, les gens qui ont peu de plus sont plus maniables, plus faibles, plus vulnérables, plus dociles, soumis et hypnotisables.
Le système cherche à ce que les gens ne puissent pas couvrir adéquatement les thèmes de base et, si grâce au développement et à l’avancée de la science ils peuvent les résoudre, le système travaillera à créer de nouveaux besoins superflus.
Voyons comment il opère sur des thèmes précis :
Des besoins de base importants sont liés à l’eau, par exemple. Il y a des endroits où, pour résoudre le problème de l’eau potable pour la famille, il faut investir plusieurs heures par jour. Dans d’autres pays, cela est résolu, car on dispose d’eau potable canalisée. Avoir l’eau courante génère du plus. Dans ce cas, comment le système opère-t-il ? Comment s’y prend-il pour rediriger ce plus qui reste ? Il opère en essayant de conditionner la manière dont se résout le thème de la boisson. Le système n’a pas intérêt à ce qu’on boive l’eau du robinet ; en tout cas, si on boit de l’eau, qu’elle soit embouteillée, et le mieux est de boire du Coca-Cola. Le système opère en déformant les besoins de base.
Le système n’a pas intérêt, par exemple, à ce que quelqu’un soit en bonne santé. C’est très clair, puisqu’il ne développe pas de politique de médecine préventive. Prévenir les maladies donnerait du plus à l’individu et cela n’est pas rentable pour le système. L’individu malade produit de l’économie. Si un individu a tout au long de sa vie un tas de maladies, plusieurs opérations, consomme une infinité de pilules, utilise plusieurs prothèses, se fait poser des implants, des chirurgies, va à répétition à l’hôpital, en cure thermale, etc., ce type est très rentable parce qu’il fait tourner l’économie. Mais cet autre type, sec et sain comme un chêne, qui pendant 80 ans n’a pris qu’une seule fois une aspirine, celui-là, celui-là est une ruine pour le système !
Il en va de même pour le thème des relations. Le système a intérêt à ce que les gens aient des problèmes, des histoires, des conflits, de l’insécurité, de l’isolement, de la méfiance envers les autres, etc., car tout cela fait aussi tourner l’économie, active les psychologues, les psychiatres, les avocats, il y a des procès, des vigiles, des policiers, des armées ; de plus, les insécurités sont canalisées vers la possession de biens et cela active le consumérisme. (Le profil du meilleur client des grands magasins est celui/celle d’un individu d’âge moyen dont le/la partenaire travaille 15 heures par jour, a un/une amant(e), a en outre des conflits avec ses enfants et n’a pas d’amis.)
Le système active tout ce qui crée de la dépendance. Avec la publicité, il génère de la dépendance dès le plus jeune âge, en induisant à consommer certains aliments, boissons, jouets, mode, etc. Cette dépendance, il tentera de l’accroître tout au long de la vie de l’individu. Il lui donnera des consignes sur ce qu’il doit porter, manger, où voyager, quoi offrir, etc., le tout programmé pour certaines dates… ainsi il sera un bon citoyen.
Le système promeut des valeurs-pièges comme celle de « la famille », par exemple. De façon déclamatoire, il parle en sa faveur, la famille par-ci, la famille par-là, mais la vérité est que le système a intérêt à ce que la famille fonctionne le plus mal possible et qu’elle soit conflictuelle. Bien sûr ! Ils ne vont pas le dire directement : « Nous avons intérêt à ce que vous vous entendiez mal ! » Non, il dit le contraire. Mais voyons ce qu’ils font. Quelle est la dynamique que le système induit ? Celle de ne laisser de temps ni pour les relations dans le couple, ni pour s’occuper de la famille, il n’y a pas de temps pour les enfants, qui sont abandonnés à la merci de la télé, en poussant à la consommation de choses superflues, en déformant les habitudes alimentaires, d’esthétique, de sexe. C’est-à-dire qu’il fait tout ce qui favorise que la famille et l’individu aient des problèmes. Il est encore bien plus intéressant que le couple aille mal après s’être lancé dans le crédit de la maison. Là, ils sont tous deux totalement coincés…
Le système absorbe non seulement le plus que l’on a, mais aussi celui que l’on n’a pas, le plus futur. Il le fait avec les crédits. Dans les crédits, il y a une petite part de vérité, un grand mensonge et une escroquerie de fond. En général, ils s’appuient sur un besoin, à partir duquel ils montent un grand piège qui fait que les gens tombent « de leur propre décision ». Il est immoral de pouvoir conditionner l’avenir d’une personne si cette personne ne sait pas comment les choses vont se passer pour elle. C’est une tromperie qui finit par immobiliser les gens. Les gens eux-mêmes le verbalisent lorsqu’ils disent : « avec le crédit, je me mets la chaîne et ainsi je m’oblige » (voir annexe). C’est ainsi que des gens s’enchaînent à vie. C’est la nouvelle forme d’auto-esclavage « volontaire » de notre époque.
Le système opère en proposant des choses superflues jusqu’à ce que les gens les considèrent comme « nécessaires ». Il déplace le secondaire et le superflu vers le centre et escamote ce qui est important, créant ainsi de la confusion chez les gens entre leurs besoins de base et leurs désirs._
ERREURS DANS LA STRUCTURATION DES SITUATIONS
Il faut étudier comment on a ses structurations de base, là où l’idéologie du système exerce une pression. Une situation donnée peut me donner du plus, mais si la proposition du système s’y glisse, les choses peuvent s’inverser.
Un exemple est l’économique. Le milieu ne me facilite pas les choses, en général il cherche à augmenter mes exigences, mes besoins et à réduire ce que je reçois comme salaire. Je peux ajuster les choses pour dépenser un peu moins que ce que je reçois, mais je peux aussi dépenser au-dessus de mes possibilités. Dans un cas, je génère du plus ; dans l’autre, je m’enchaîne progressivement. Le système va chercher à m’engager sur ce chemin.
Autre exemple. Revenons au couple. Il peut arriver que cette structuration, qui au début donnait du plus, s’inverse et qu’au bout du temps elle retranche une énorme énergie. Il peut arriver que les intérêts initiaux, qui furent le motif de se mettre ensemble, ne soient plus satisfaits. C’est-à-dire qu’il n’existe plus cette réciprocité affective du début et/ou que les besoins au niveau du sexe, etc., ne soient pas non plus couverts. Il peut en outre arriver que la relation se soit détériorée. Si à cela on ajoute des crédits, etc., le cadre peut finir par être vécu comme une prison où non seulement on ne couvre pas l’essentiel, intérêt initial, mais où se sont ajoutées un tas de choses imprévues qui aspirent une énorme quantité d’énergie et empêchent d’avancer dans ce que l’on veut réellement.
Bien qu’il ne soit pas facile de mesurer ce thème du plus, il en existe bien un registre interne clair. Le langage courant le recueille dans ces expressions, de plus en plus fréquentes, comme : « je suis à bout », « je n’en peux plus », « je n’ai pas le temps », ou encore : « je suis dévitalisé », ou « je me sens sans envie ». Toutes sont de claires allusions à ce thème du plus.
ERREURS D’APPLICATION DU PLUS
Contrairement à ce que l’on peut penser, le plus grand problème n’est pas tant de générer du plus que, une fois cette énergie libre obtenue, de l’appliquer dans la bonne direction. Il y a des erreurs quant à l’application de ce plus excédentaire. Les déséquilibres ne sont pas seulement par défaut, ils peuvent aussi se produire par excès d’application d’énergie.
Il y a des cas où l’on génère de l’énergie libre et où l’individu finit par s’empêtrer en essayant d’« améliorer » sa situation. Cela arrive lorsque l’on surdimensionne les thèmes et qu’on ne les proportionne pas avec d’autres intérêts. Cela se produit normalement quand on va au-delà d’agir sur la base du « besoin ». L’application temporo-mentale sur certains thèmes peut devenir obsessionnelle, occupant une grande quantité d’heures par jour. Ce sont des cas d’erreurs par excès d’application sur un thème. Le problème est qu’en général on ne les considère pas comme des défauts. Par exemple, si quelqu’un centre toute sa vie sur un seul aspect en abandonnant d’autres facettes, que ce soient les « études » pour l’étudiant, l’« enfant » pour la mère, ou le « travail » pour le professionnel, etc., il est presque certain qu’il aura des difficultés et que sa vie se déroulera de manière compliquée. Il y aura sursaturation dans certaines facettes et négligence dans d’autres, ce qui augmentera la disproportion. Cela se manifestera dans l’immédiat ou dans le processus.
Les cas de défaillances par manque d’application ou d’attention à une situation ou à un thème sont connus et bien cernés.
Une autre erreur grave consiste à conditionner dans le présent, pour un certain bénéfice momentané, le plus des années suivantes : c’est le « jouis aujourd’hui, paie demain ». C’est une tromperie et une manipulation grave. Il s’agit de dissocier temporellement les conséquences d’un acte, en offrant le positif ou l’agréable au présent et en éloignant dans le futur la partie négative. Dissocier les deux thèmes est une monstruosité semblable à : dissocier le négatif d’un excès de nourriture du plaisir de l’ingérer. Si l’on nous reportait le registre de malaise dû à l’excès, nous ingérerions des aliments jusqu’à ce que ce soit gravement préjudiciable à notre santé.
LE VERTIGE DU PLUS
Le degré de liberté que l’on a pour décider à quoi chacun applique son temps est l’une des manifestations du plus. Disposer de temps libre serait l’une des manifestations du plus. Mais dans certains cas, il se produit une sorte de vertige devant la possibilité de décider. On n’en a pas l’habitude, la coutume. Si l’on vit une vie en fonction de… (engagements, obligations, exigences, autres intérêts, etc.), le fait de disposer à un moment donné de plus peut produire des perturbations et des déstabilisations. En Occident, la majorité des dépressions se produisent les dimanches (dans le cycle hebdomadaire) et pendant les vacances (dans le cycle annuel), curieusement les périodes de plus grand plus. Dans certaines sociétés, on assiste à une crainte du temps libre. Pour la contrecarrer, des entreprises sont apparues, dédiées à conseiller et planifier des vacances où les gens soient toujours « occupés » et évitent ainsi ce vide que donne le fait d’avoir « du temps pour faire ce que l’on veut », si déséquilibrant pour certains.
« Être toujours occupé » est devenu un état vital très propre à notre époque dans la culture occidentale. Ce manque de disponibilité est souvent une justification qui opère comme dissimulation d’autres types de problèmes que l’on n’aborde pas. La dynamique du système opère en éliminant la disponibilité pour les thèmes principaux et, à l’inverse, dérive toute l’énergie vers les thèmes superficiels et secondaires. De cette façon, il agit toujours sans résoudre les problèmes de fond.
LE PARADOXE DU PLUS
« On a moins de plus plus on est dans des thèmes secondaires, depuis lesquels on interprète qu’on ne peut pas être dans des thèmes importants parce qu’on n’a pas de plus. » Depuis cette posture mentale, il n’y a pas d’issue. « Le plus surgit lorsque progressivement on place dans la vie comme prioritaires les thèmes essentiels. » Le plus est donc davantage lié à l’ordonnancement des priorités vitales qu’à de prétendues conditions que chacun a à vivre.
Un autre thème important est celui de l’endroit où s’applique l’énergie qui reste libre. Nous nous référons à la direction dans laquelle s’applique ce plus d’énergie.
En général, on observe que le plus grand problème n’est pas un manque de plus mais une application incorrecte de l’énergie dont on dispose. Une évaluation attentive montrerait que là où l’on interprète qu’il n’y a pas de plus, il y en a peut-être en réalité, mais qu’il s’applique à des thèmes secondaires.
En réalité, nous disposons tous du reste de notre vie devant nous, et pour chacun la journée a 24 heures, et chacun décide à quoi appliquer cet espace de temps. Que les uns le consacrent aux thèmes essentiels et ordonnent tout le reste en fonction d’eux, et que d’autres reportent les essentiels et se perdent dans des choses importantes, mais secondaires et dépourvues de sens si l’on oublie l’essentiel, marque une différence importante de position mentale. C’est ce qui différencie le fait d’avoir la tête bien ou mal placée. Il n’y a pas de plus quand « on est dans d’autres choses » différentes des thèmes essentiels.
Bien sûr, nous ne nous référons pas ici aux cas où une analyse cynique prétend justifier une posture parce qu’en réalité on a d’autres priorités. Non, nous nous référons à ces cas où l’on pense réellement que sa propre situation est de ne pas pouvoir avoir d’énergie pour avancer. Dans ce cas, il faut procéder à un réordonnancement des conduites selon les intérêts essentiels. L’indicateur que cet ordonnancement se fait de manière adéquate est que le plus commence à apparaître. Cet ajustement des priorités s’accompagne très probablement d’un « lâcher prise » de ces rêveries, de ces fausses espérances qui entraient en collision avec les intérêts les plus importants, ou qui en distrayaient.
Le plus a une voie de canalisation qui lui donne du sens et qui multiplie son effet. Celle-ci est : l’appliquer à l’aide aux autres. Cela, entre autres choses et de façon interreliée, élève son propre niveau existentiel et améliore la qualité de l’opérateur. Appliquer le plus de cette manière centrifuge, vers les autres, est une voie pour sortir du non-sens.
Il importe de mettre certains outils de travail interne entre les mains de ceux qui ont des projets d’action clairs, car ces travaux libèrent de nouveaux débits d’énergie qui sont ainsi appliqués au bénéfice des autres. S’il n’en était pas ainsi, c’est-à-dire si l’on avançait dans la libération d’énergie sans application correcte et concrète, cela pourrait devenir préjudiciable pour l’individu lui-même.
SYNTHÈSE
ÉVALUATION DU PLUS
Quels sont les indicateurs dont je dispose pour savoir si j’avance ou non en plus :
1. Ai-je de plus en plus de temps libre pour moi et pour décider quoi en faire ?
2. Ai-je plus de disponibilité pour me relier aux autres ?
3. Est-ce que j’applique de moins en moins de temps à résoudre les thèmes de base ?
4. Le nombre de connaissances et de mes relations augmente-t-il dans le temps ?
5. Ai-je un fort déséquilibre économique ? (dettes, prêts, etc.)
6. Dans les cadres de base (couple, famille, amis), ai-je du plus ?
7. Au travail, est-ce que j’avance en plus ?
8. Dans l’action dans le monde, perçois-je que je construis, consolide et génère du plus ?
9. Est-ce que j’élargis chaque jour la disponibilité pour être avec moi-même ?
INDICATEURS DE PLUS
Les indicateurs de plus les plus généraux ont à voir avec l’augmentation de la disponibilité dans la conduite et un moindre tiraillement des thèmes de base en termes de mentation.
Dans les deux cas, tant dans la mentation que dans la conduite, on peut étudier quelle proportion s’appliquera à résoudre les thèmes de base, quelle proportion aux thèmes accessoires ou secondaires et quelle proportion aux thèmes de plus grande importance et les plus essentiels.
LE PARADOXE DU PLUS
« On a moins de plus plus on est dans des thèmes secondaires, depuis lesquels on interprète qu’on ne peut pas être dans des thèmes importants parce qu’on n’a pas de plus. » Depuis cette posture mentale, il n’y a pas d’issue. « Le plus surgit lorsque progressivement on place dans la vie comme prioritaires les thèmes essentiels. » Le plus est donc davantage lié à l’ordonnancement des priorités vitales qu’à de prétendues conditions que chacun a à vivre.
DEUX THÈMES DE BASE
Trouver le positionnement depuis lequel on a du plus et le développer progressivement.
Appliquer ce plus à aider les autres.
LE TRAVAIL INTERNE COMME GÉNÉRATEUR DE PLUS
Tous les thèmes de travail interne, depuis le travail personnel, en passant par les travaux en groupe, les retraites, jusqu’aux centres de travail, vont dans la direction de générer de nouvelles possibilités, de libérer l’énergie bloquée dans des thèmes, dans des aspects secondaires, pour la rediriger vers les thèmes essentiels.
LA STRUCTURE COMME GÉNÉRATRICE DE PLUS
Travailler avec des gens en les aidant et en les formant peut être l’un des outils où se génère la plus grande quantité de plus. Au moment 1, je fais un travail ; mais dans un 2e moment, je ne fais plus ce travail, je commence à en faire un autre et il y en a 10 ou 15 qui font maintenant le travail que je faisais. Tout s’est multiplié quantitativement et qualitativement.
Un autre thème générateur de plus est le travail en équipe qui se donne dans les structures. Profiter de l’échange d’expérience et des points de vue des autres peut être de grande valeur si l’on parvient à le comprendre.
On peut avoir mal structuré l’approche structurelle et, au lieu de générer du plus, il se produit une perte d’énergie. Dans ce cas, il faut sûrement réorienter depuis différents points de vue, et surtout du point de vue du positionnement et du processus.
LE PROCESSUS HUMAIN ACCUMULE DU PLUS
Si nous nous plaçons dans une perspective historique, l’avancée de l’humanité, tant dans son aspect technologique que dans celui de la connaissance et de l’expérience, se présente à nous, qui surgissons à un moment donné, comme une énorme quantité de plus mise à notre disposition. C’est un énorme bagage d’énergie, celle accumulée dans le processus humain, et nous devons en profiter pour le projeter encore davantage vers l’avenir.
Lorsque le processus ne trouve pas comment diriger l’énorme plus accumulé et que le sens de l’énergie s’inverse, celle-ci se retourne sur elle-même en produisant de l’entropie, avec ses effets concomitants de tensions, de crises, de chocs et d’explosions internes. Les contradictions du moment historique actuel ont à voir avec le fait de ne pas appliquer correctement le plus dont dispose la civilisation pour résoudre définitivement et une fois pour toutes les problèmes de base de l’espèce humaine. Chose qu’elle est en mesure de faire.
Nous pourrions synthétiser tout cela en disant qu’il y a deux postures, deux manières d’être au monde : l’une dans laquelle on génère progressivement du plus, à laquelle correspond une plus grande maîtrise de sa propre vie, le fait de s’appliquer à ce que l’on veut réellement, avec une plus grande disponibilité envers les autres et envers ses propres thèmes essentiels, avec un registre d’accord et un indicateur clair que « c’est par là que ça va… » ; et une autre dans laquelle les choses déclinent et il y a de moins en moins d’ajustement, les thèmes essentiels sont de plus en plus reportés, l’enfermement, les limitations, la contradiction augmentent et, en corrélat, la dévitalisation progresse.
Notes
_ La proportion entre les masses de « cerveau/intestin/autres viscères » chez les primates est de 1/3/4, alors que chez l’homme elle est de 2/2/4, ce qui permet une plus grande irrigation sanguine du cerveau. La proportion du métabolisme basal qu’utilisait le cerveau de l’australopithèque était de 9 % et l’homme actuel en utilise 22 %. Les proportions s’écartent davantage à mesure que l’on descend dans l’échelle évolutive.
_ La question. Paysage interne. Humaniser la Terre. – Silo. Éd. Plaza-Janés, Barcelone.
_ Voir dans la Harangue de Silo « La Guérison de la souffrance » le thème du besoin et du désir.
ORIENTATION DU PLUS EN 2019
1. Comment puis-je générer plus de temps libre pour moi et pour décider quoi en faire ?
2. Comment élargir ma disponibilité pour me relier aux autres ?
3. Comment appliquer de moins en moins de temps à résoudre les thèmes de base ?
4. Comment augmenter le nombre de connaissances et de mes relations dans le temps ?
5. Comment faire pour diminuer mon déséquilibre économique ? (dettes, prêts, etc.)
6. Dans les cadres de base (couple, famille, amis), comment puis-je obtenir davantage de plus ?
7. Au travail, comment puis-je avancer pour avoir davantage de plus ?
8. Dans l’action dans le monde, comment puis-je construire, consolider et générer du plus ?
9. Comment élargir chaque jour la disponibilité pour être en contact avec moi-même ?
—
Tiré du groupe Matériaux, sur le WhatsApp Communauté virtuelle siloïste.
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