(Ce qui suit est une conférence donnée par Tito, sur la base d’une conférence du N, lors d’une réunion de délégués d’équipe en janvier 1988 à Santa Cruz, Californie)
Un jour, nous avons eu une discussion avec le Negro, très informelle et très intéressante ; il a élaboré une révision très synthétique de l’histoire de l’humanité. L’un des problèmes de l’immortalité est qu’elle change le concept du temps. Nous serons tous ici, alors il n’y a pas de hâte, tout est très lent, il n’y a pas d’urgence puisque nous devons toujours être ici. Rien n’est tard ni tôt. Il n’y a ni demain ni après-demain, tout est ici. Mais il se trouve que cette histoire d’immortalité n’est pas tout à fait certaine, alors il existe un demain et un après-demain. Et le temps existe, avec ses limites et ses cadres.
Il a dit qu’il y avait cette espèce d’êtres humains qui marchaient et faisaient des choses. Soudain, à un moment donné, peut-être parce qu’un éclair est tombé ou qu’un volcan est entré en éruption, ou peut-être parce qu’un singe a eu l’idée de se redresser et de marcher debout, quelqu’un a commencé à utiliser le système nerveux et à penser. Depuis ces temps très anciens, certaines intuitions sont apparues constamment dans la mythologie et la littérature antique, puis se sont répétées dans l’histoire. L’une de ces intuitions est qu’il existe un certain ordre universel, que tout n’est pas aléatoire ou hasardeux. Une autre est que l’homme est seul. Une autre encore, sur lui-même, est qu’il est une espèce rare, exclusive.
Il n’est pas certain qu’il existe d’autres êtres vivants. Nous sommes seuls, nous ne sommes pas certains qu’il existe d’autres formes de vie. Et puis il y a ces histoires étranges selon lesquelles les gens disparaissent soudainement, qu’ils meurent, qu’ils ne continuent pas. C’est-à-dire l’absurdité de la mort ou du fait que la vie humaine ne continue pas. Alors, ces êtres ont commencé de cette manière étrange et particulière à chercher une forme quelconque de survie. Certains primitifs pensaient qu’ils s’endormaient simplement. On les enterrait avec leurs outils et leurs armes, et avec de la nourriture au cas où un jour ils se réveilleraient et souhaiteraient continuer. Depuis ces premiers jours, ces intuitions ont existé (c’étaient des intuitions, puisqu’elles ne pouvaient pas être prouvées, nous parlons d’il y a plus de 5 000 ans) et ce désir de continuer à vivre a existé. C’est une tendance curieuse. Les Chinois enterraient toute une armée avec le roi, au cas où il ressusciterait. Et sans parler des Égyptiens.
Ces choses ont continué à se produire pendant plusieurs milliers d’années. Il existe une autre tendance très forte chez l’être humain : la tendance à la communication. Ainsi, ces êtres ont commencé à communiquer entre eux. D’où les tribus, puis les nations, et nous voilà, avec des intuitions permanentes d’ordre universel, de solitude, de vide, surtout au-delà de la terre.
Puis viennent les peurs et elles apparaissent sur les cartes. Au-delà de la côte, il y avait des dragons et de grands monstres. Cette horreur et cette peur ont rempli les cieux de dieux. Les Babyloniens ont rempli l’horoscope, le zodiaque, de toutes sortes de choses. Ils parlaient d’un certain Taurus, de je ne sais quoi d’autre, mais si nous observons le ciel, nous ne voyons rien d’autre que de petites étoiles. Où est donc ce fameux Taurus ?
Il y a beaucoup de choses qui ont toujours été constantes, comme la « peur du vide », la peur de la solitude, la peur de la mort. Ils cherchaient toujours un moyen de la résoudre. Et voilà l’être humain, propulsé sur cette voie avec cette intuition typique, et avec ses recherches et ses études, et cette histoire de communication. Beaucoup de choses se produisent dans l’histoire. Parmi celles-ci, il y a le cas de civilisations entières qui disparaissent. Elles deviennent folles et s’entretuent, ou bien elles fuient dans la jungle et meurent criblées de piqûres de moustiques.
Puis vient la pratique du génocide. Par exemple, les Aztèques sacrifiaient des centaines de personnes chaque jour. Un peu de folie, et un peu de génocide. Puis il y a le cas des Mayas, et d’autres peuples en Afrique, des cas où des civilisations entières disparaissent. Des civilisations qui ont transmis leur sagesse à d’autres, et ces autres ont construit une autre civilisation. Par exemple, il y a ce cas incroyable, ce cas si unique auquel personne ne prête attention, celui des Grecs qui disparaissent dans l’Europe barbare et sont ensuite redécouverts par les Arabes qui vivaient en Espagne. Comment se fait l’interconnexion entre les cultures ? Il y a les Grecs qui disparaissent, puis sont redécouverts par les Arabes, qui donnent ensuite à l’Europe la philosophie grecque que l’Europe avait perdue.
Plus tard, nous avons la partie la plus incroyable de l’histoire. Les temps médiévaux, avec les nobles, les rois, l’Inquisition, et des gens qui mouraient de faim. La différence si énorme entre les castes. Il y avait les grands seigneurs et leurs châteaux, ils avaient beaucoup d’argent. Les pauvres n’avaient rien à faire, mais certains chanceux disposaient d’un nain accepté à la cour comme serviteur. L’une des fonctions du nain était d’offrir ses cheveux comme serviette. Après le repas, les nobles s’essuyaient les mains dans les cheveux du nain. Celui-ci rentrait chez lui et plongeait sa tête dans un seau d’eau, avec lequel on faisait une soupe pour nourrir toute la famille. Ces choses terribles se produisaient en Europe. Le but de ces anecdotes est d’illustrer comment l’image de l’Europe, en particulier dans les pays du Sud, est celle d’une région hautement civilisée. Mais n’oublions pas que l’Inquisition et toutes sortes de guerres y ont commencé. Ainsi, cette vision que nous avons du monde a été fortement manipulée par le système. Il n’est pas dans l’intérêt de ces pays d’accorder trop d’importance à d’autres pays.
De quoi parlons-nous ? Nous parlons du fait que l’humanité avance ainsi, avec ces tendances, avec ces intuitions, dans sa quête d’immortalité. Comment une civilisation entière, sans qu’un seul ne soit épargné, peut-elle disparaître ? Comme on essaie de ne pas mourir ! On cherche de différentes façons. L’une d’elles, par exemple, est d’apprendre à écrire. Les Babyloniens ont inventé l’écriture. Ils écrivaient n’importe quoi sur une sorte de tablettes. Les tablettes étaient placées dans une sorte d’entrepôt. Nous avons donc cette tendance à garder les choses en mémoire, à les conserver pour qu’elles durent, et pour que d’autres personnes puissent les voir un jour. Et ces tendances continuent d’opérer chez l’être humain.
Plus tard, les historiens tentent d’expliquer la formation de la famille et de la tribu comme quelque chose de naturel, mais ce n’est pas naturel. C’est dû à la peur de la solitude, à la peur du vide, et cela rassemble les gens. Alors on dit que la famille est devenue un élément naturel, mais ce n’est pas naturel. Il leur paraît si naturel que l’écriture ait été inventée… cette tendance à perdurer, propulsée par l’absurdité des gens qui mouraient, qui disparaissaient, n’est pas naturelle.
Les anciens savaient que des gens avaient existé depuis longtemps. Surtout à l’époque des traditions orales et des transmissions orales, ils savaient qu’il y avait eu des gens de nombreuses années auparavant, mais que personne ne les avait connus personnellement. Tout cela était dû à la transmission des choses, au désir de survivre, à la quête d’immortalité. Ces choses sont venues et ont continué, beaucoup de choses se sont passées, surtout en Europe. Puis vient l’affaire de la révolution industrielle.
Depuis lors et jusqu’à aujourd’hui, les choses continuent de s’accélérer. Ce qui prenait auparavant un an se passe maintenant en un jour. La production d’objets s’est accélérée de manière incroyable, et cela a produit un déséquilibre, car il y a plus de choses à notre portée que de besoins réels. Cela n’arrivait jamais avant, et c’est maintenant très courant. Auparavant, les gens avaient besoin de beaucoup de choses mais elles étaient impossibles à trouver, ou simplement impossibles à fabriquer. Tant de phénomènes se produisent maintenant qui sembleraient si étranges aux anciens. Nous produisons plus de choses que nous n’en avons besoin. Cependant, il existe en même temps une très mauvaise distribution, et une concentration de la production en certains points. C’est quelque chose de nouveau dans l’histoire, la production gigantesque et la recherche d’une plus grande efficacité.
Les choses ont continué ainsi, et il y a environ trente ans, quelque chose de très important se produit dans l’histoire. L’être humain continuait avec cette histoire de communication, connectant les lieux, et a plus ou moins interconnecté la planète entière avec la radio, la télévision, les ondes. Soudain, l’être humain peut sortir de sa planète. En même temps, la production s’est accélérée avec le développement de la révolution industrielle. Et que se passe-t-il maintenant ? Les gens ont des télescopes, des radiotélescopes, des spoutniks et des satellites qui sont sortis dans l’espace sidéral. Et que s’est-il passé dans l’espace ? Nous avons découvert que les intuitions sont un fait. Nous sommes seuls, il n’y a personne là-haut, Dieu n’existe pas parce que nous n’avons pas vu son visage. Le vide, encore plus de vide que ce que nous pouvions percevoir avec nos intuitions. Ce processus de reconfirmation de l’intuition est une sorte de redécouverte. L’être humain s’est redécouvert grâce à la révolution technologique. Il y a beaucoup d’historiens et d’observateurs qui ont un point de vue d’humanisme court. Ils prétendent que tant d’ordinateurs et tant de machines sont nuisibles à l’être humain parce qu’ils finiront par le dominer, et ce genre de croyance. Au contraire, ces machines et cette révolution technologique aident l’être humain à se redécouvrir lui-même dans ses aspects les plus essentiels.
Passons à la troisième partie de tout cela. Les mêmes recherches et les mêmes activités qui ont été menées là-bas dehors ont été menées ici dedans. La biochimie avance, la médecine continue d’avancer, etc. Nous avons des opérations pour remplacer des organes et pour améliorer le corps. Peu à peu ce sera possible, il existe beaucoup de choses qui vont dans cette direction, que d’une manière ou d’une autre l’homme, à travers la science et la révolution industrielle, découvrira l’immortalité. Mais quelle sorte d’immortalité ? L’immortalité factuelle. Pas l’immortalité psychologique, ni mystique. Le corps ne mourra pas. Très simple. Et bien sûr, cela sera dû au fait que l’être humain, depuis des siècles, a cherché précisément cela. Quand ils ne pouvaient pas le trouver, des mécanismes psychologiques de compensation commencent. Ils inventent les cieux et les enfers. Mais quand ils sortent dans l’espace extérieur, ils ne trouvent personne !
Que se passe-t-il si cela devient possible dans les 20 prochaines années ? Dans vingt ans, peut-être que notre génération ne pourra plus en profiter, mais nos enfants oui. Imaginez le problème que nous avons. Nos enfants mangent la petite coquille sacrée, deviennent immortels, mais nous ne pouvons pas. Que feront-ils du temps ? Nous parlons de la tendance de la science et de la révolution technologique. Celles-ci sont très intéressantes pour nous parce qu’il semble que tout se dirige vers le consumérisme et des choses de ce genre.
Ce sujet est très intéressant, parce que nous observons le domaine externe dans lequel nous agissons. Quand nous parlons au public, toutes ces choses opèrent dans leurs petites têtes. Nous parlons avec quelqu’un qui a parlé un jour avec son grand-père. Le grand-père est une référence pour ce sujet. Même le père, qui peut être une référence, ne savait rien de la communication, du progrès, de cette sortie dans l’espace sidéral et du fait de ne rencontrer personne. Il leur semble stupide que les jeunes croient à ces choses et les prennent très au sérieux. Les plus jeunes savent des choses que nous ne voulons même pas accepter. Vous voyez ? C’est la vitesse du phénomène qui compte, la vitesse à laquelle tout se passe.
La science sait beaucoup sur le processus de vieillissement, sur le vieillissement, ils savent sur la peau, sur les cellules. Ce n’est pas grand-chose maintenant de savoir exactement comment se produit le phénomène des cellules. Ils savent parfaitement bien le phénomène, même s’ils ne peuvent pas en connaître les causes. C’est très différent de ce qui se passait il y a dix ans. À tout moment, ils vont découvrir comment reproduire les cellules. Et nous faisons nos choses dans ce monde dans lequel tout cela se passe à cette grande vitesse. Nous devons être très bien informés, nous devons voir ces tendances dans le monde, nous devons voir comment ces intuitions essentielles existent encore chez l’être humain et continuent d’opérer.
Quelque chose de plus se passe dans le système. Il y a beaucoup de changements dans le monde, mais attention à ne pas se tromper. Ce qui change, c’est le schéma du système, pas le système lui-même. Le schéma est modifié, et peut-être aussi parce que la révolution technologique peut produire d’énormes problèmes. Supposons que dans tout cela le système change un peu et penche plus vers la paix que vers la guerre, ils pourront investir beaucoup plus d’argent dans la révolution technologique, et cela pourra produire des éléments qui économiseront de nombreuses années. Il est possible que dans dix ans on mette fin à la faim, aux maladies, au traitement médical si cher. Technologiquement parlant, c’est parfaitement possible. Mais la direction… c’est à cela que nous devons penser. Comment pouvons-nous pousser la révolution technologique dans une direction ou dans une autre. Ils peuvent produire dix tonnes de pilules qui se chargeraient de la plupart des maladies. Dans les pays en développement, nous trouvons de nombreuses maladies qui dépassent celles des pays riches. Et nous ne parlons pas seulement du VIH. Nous parlons par exemple de la variole.
Alors, le point principal est l’alliance et la fréquence mentale que nous devons avoir avec la révolution technologique. Aujourd’hui, la seule révolution possible est déjà en marche — la Révolution Technologique. Une révolution signifie un changement dans les moyens de production. Techniquement parlant, une révolution se produit quand les moyens de production changent ; la production se fait d’une autre manière. Mais c’est la façon dont elle se fait qui compte. Et la manière dont les moyens de production et leurs bénéfices dépendent de la révolution technologique. Cela élimine la théorie marxiste, car vient la révolution technologique et nous voilà avec des machines, avec la production de masse, et maintenant avec des robots. Maintenant un robot peut faire le travail de 5, 10 ou 20 personnes, et nous voilà avec le chômage, avec le licenciement. Dans les pays développés, nous aurons beaucoup de chômage et de misère dans de nombreux endroits. Et comment va-t-on résoudre ce problème ? De plus, cette révolution technologique ne va pas être arrêtée comme d’autres révolutions idéologiques que nous avons déjà vues. Les révolutions idéologiques ont une limite de temps, et aussi une limite géographique. À l’avenir, personne ne sera vraiment marxiste, ni ici ni ailleurs.
Que se passe-t-il au Nicaragua et ailleurs ? Ce qui se passe, c’est qu’ils veulent mettre leur peuple dans de meilleures conditions de vie, rien de plus. En Russie, ils sont (1987, etc.) en train de changer les choses. Partout, les gouvernements parlent de mobilisations, d’améliorer la technologie, tout est lié à cette histoire de technologie. Cette révolution technologique est déjà en marche et provoquera d’énormes problèmes sociaux. Avec les robots, et avec les machines, et avec les personnes hautement formées dont on aura besoin pour gérer les machines. Et que va-t-il arriver au reste de la population ? Avec le temps, il y aura moins d’emplois disponibles puisque quelques types pourront gérer les robots, qui à leur tour déplaceront des milliers de travailleurs d’usine. Et où iront ces gens ? Et que se passera-t-il quand la technologie produira des aliments synthétiques qui iront à l’encontre des intérêts des entreprises alimentaires ? Tant de choses devront se passer avec cette intéressante révolution technologique. C’est l’un de nos alliés et nous devons rester attentifs, particulièrement à ce qui se passe dans les domaines de la communication et de l’informatique. Maintenant, et à l’avenir, gérer l’information c’est tout gérer. Quand on a l’information adéquate, on peut faire des choses très importantes.
Dans notre cas, nous devrons décider des tactiques, nous devrons être plus scientifiques pour avoir l’information à portée de main sur ce qui se passe dans le milieu, et voir si le milieu peut nous répondre pour accomplir quelque chose d’énorme. Imaginez ce qui pourrait se passer ici aux États-Unis si nous avions l’information correcte. Il se pourrait que 50 % de la population soit complètement lassée des deux partis traditionnels, mais personne n’a le courage d’en former un nouveau. Tout ce dont nous aurions besoin serait une paire de héros qui y parviennent vraiment.
C’est un sujet très intéressant : la révolution industrielle et l’immortalité, la confirmation des intuitions anciennes et la possibilité de résoudre les plus grands problèmes de l’humanité dans les dix prochaines années. Le logement, la garde d’enfants, l’assistance médicale et tant d’autres choses. Et simultanément, tant de nouveaux problèmes qui se produiront en changeant les moyens de production.
C’est un domaine que nous devons gérer.
Un Mouvement qui est dans les pays riches et les pays pauvres, quelles relations établira-t-il ? Nous devons nous consacrer à la complémentation. C’est très intéressant, il existe des problèmes ici et d’autres problèmes là-bas, mais il n’existe pas de structures efficaces dans le système qui représentent réellement ces deux mondes. Nous, en revanche, NOUS les avons. Nous-mêmes, par exemple, avons un modèle. Nous sommes ici en Californie, l’une des zones les plus riches de toute la planète, et dans d’autres pays très pauvres. Nous devons combiner nos efforts, et c’est quelque chose que le système ne fait pas. Les transnationales font des choses partout, mais pas dans le but de résoudre quoi que ce soit.
CONSÉQUENCES DE LA RÉVOLUTION TECHNOLOGIQUE (Mai 89)
4 Intuitions
Synthèse d’une conférence du N.
Il y a quatre questions qui, en tant qu’intuitions, ont opéré au plus profond de la conscience humaine, depuis toujours. Les quatre sont liées entre elles et se réfèrent à la même chose, bien qu’elles se présentent sous des formulations différentes.
(1) Il existe un ordre (ce qui suppose un sens préalable, un responsable, un créateur, une intelligence universelle, etc.).
(2) Les humains sommes une espèce rare, unique.
(3) Tout est vide, il n’y a rien, en dehors de la terre.
(4) La mort est quelque chose d’absurde.
À partir de ces intuitions, se sont créés des dieux, des religions, des philosophies, etc. Cette situation s’est maintenue pendant des milliers d’années, cependant, aujourd’hui elle semble sur le point de changer, en raison de l’avancée technologique.
En effet, les possibilités ouvertes à la recherche en général, et en particulier l’exploration de l’espace et les progrès des communications, ont fait que ces formulations ont commencé à se déplacer du champ de l’intuition vers celui de la perception et de la vérification : ondes radio, rayons laser, satellites de toutes sortes, etc. ont produit et produisent des informations qui corroborent les intuitions mentionnées.
Dans tout ce qui est parcouru ou reconnu, on découvre des lois (« quelqu’un s’amuse avec tout cela ») : dans toute la Voie Lactée — c’est-à-dire, du moins dans cette galaxie, on ne sait pas dans d’autres — nous sommes une espèce unique et rare ; les énormes distances temporo-spatiales qui séparent une planète d’une autre parlent de l’énorme vide, du néant dans lequel nous sommes suspendus ; et tout cela renforce l’impression concernant l’absurdité de la mort.
En même temps, la communication sur la planète permet la circulation de ces données entre tous les humains, de sorte qu’il est possible de supposer à court terme (maximum 20 ans) la concrétisation d’une expérience sans précédent : la prise de conscience conjointe de toute l’espèce à ce sujet, et cela pourrait entraîner une prise de décision sur la direction dans laquelle s’oriente la vie humaine.
Ce qui est en jeu est très important : les moyens existent déjà, ils sont résolus scientifiquement — pour prolonger la vie humaine de manière indéfinie.
Les principaux aspects concernés sont : l’alimentation (on serait en mesure de fournir toute la nourriture nécessaire pour n’importe quel nombre de personnes) ; la population (on pourrait peupler l’espace, le vide) ; la santé (en plus de ce qui serait résolu simplement par une alimentation et une organisation de vie adéquates, on compte également sur des avancées significatives dans le domaine de la bio-ingénierie — clones, greffes, etc.).
La concrétisation de cela requiert de mettre toutes les ressources dont dispose l’espèce au service de cet objectif (et non de celui que propose le système : armement, guerre, etc.). C’est-à-dire qu’il faut que le système change.
Que se passe-t-il si l’on imagine qu’on va vivre 3 000 ou 4 000 ans ? (pour ne pas effrayer avec le mot « immortel »). Immédiatement tout se modifie. C’est parce que le temps (et la finitude) est le conditionnement le plus important de notre vie. La disparition du temps comme limite serait pour notre conscience un saut qualitatif aussi important que l’a été l’opposition du pouce chez les primates. De nouvelles fonctions ont généré de nouvelles connexions nerveuses, une modification du système en général et, en synthèse, une autre espèce.
La décision quant à savoir si cela va se produire ou non se prendra à un moment donné dans les 20 prochaines années. Tel que les choses sont (consolidation du système et croyance en la mort), il ne semble pas que l’on va choisir l’option de prolonger la vie humaine indéfiniment. En fait, l’information sur l’existence de cette possibilité n’est pas secrète, les données circulent, mais personne n’est disposé à y croire. Les citoyens qui paient des impôts manifestent pour obtenir des revendications dans le cadre du système, mais ils ne le font pas pour exiger que l’on fasse des recherches et que l’on prolonge leur vie ou celle de leurs enfants.
Les seuls qui parions en faveur de la vie et du saut qualitatif, c’est nous. Si nous n’influençons pas des lieux clés au moment où cette décision sera prise — (transformer le système et le mettre au service de la prolongation de la vie) — cela ne se produira pas.
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